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Les Russes dans «l'étranger proche» au seuil du XXIe siècle

Les Russes «ethniques» vivant hors de Russie étaient, d'après les chiffres du dernier recensement soviétique (1989), au nombre de 25 millions. Lors de l'éclatement de l'URSS, ces Russes sont devenus résidents de l'un des 14 nouveaux Etats souverains de «l'étranger proche», où ils sont partout en minorité.

A l'heure actuelle, presque tous les Etats successeurs de l'URSS ont procédé à leur premier recensement (1), et tous, de la Baltique à l'Asie, ont procédé à cette occasion à un dénombrement des groupes ethniques présents sur leur territoire. C'est donc l'occasion de faire le point. Que sont devenues ces populations?

Le tableau suivant donne les chiffres officiels de la présence du groupe ethnique russe dans les pays de l'ex-URSS (Russie exclue).

Les Russes officiellement recensés sont encore fort nombreux, environ 18 millions. La plupart des Russes de «l'étranger proche» sont donc restés dans leur pays de résidence. La diminution des effectifs de la population russe est néanmoins de l'ordre de 30%, avec bien sûr de fortes variations suivant les pays.

Pays année Adresse internet
Turkménistan 1995  
Ouzbékistan 1996 www.gov.uz/
Azerbaïdjan 1999 www.azstat.org/
Biélorussie 1999  
Kazakhstan 1999 www.stat.kz
Kirghizstan 1999 stat-gvc.bishkek.su
Lettonie 2000 www.csb.lv
Tadjikistan 2000  
Estonie 2000 www.stat.ee
Arménie 2001 www.armstat.am/
Ukraine 2001 www.ukrstat.gov.ua
Lituanie 2001 www.std.lt
Géorgie 2002 www.statistics.ge
Moldavie 2004 www.statistica.md

Les causes de cette diminution sont multiples:

  • Le mouvement d'émigration des Russes «ethniques» en direction de la Russie, qui a pris un caractère massif dans certains pays (notamment en Asie centrale), aurait concerné environ 5 millions de personnes entre 1992 et 2002, si l'on part des chiffres cités par A. de Tinguy. Ce mouvement a culminé en 1994 et est aujourd'hui d'ampleur limitée.
  • Le solde naturel de ces populations est généralement négatif
  • Dans certains pays (Ukraine, Biélorussie) où l'on n'a pas observé de mouvements migratoires significatifs, la diminution des effectifs provient en grande partie de la redéfinition spontanée, par les personnes interrogées elles-mêmes, de leur appartenance ethnique. Tel «Russe» de 1989 se déclare aujourd'hui «Ukrainien».

On sent bien, d'après ce seul exemple, que le dénombrement des groupes ethniques par les autorités reste un exercice hautement normatif et réducteur. Ce n'est pas par ces chiffres, qui ont pourtant un grand intérêt par eux-mêmes, que l'on peut savoir qui, aujourd'hui se définit spontanément comme russe dans l'espace de l'ex-URSS, ni quelle est l'ampleur des communautés russophones. La mesure de l'ethnicité y est, comme dans le reste du monde, un terrain  glissant où les enjeux politiques et idéologiques sont particulièrement présents.

Denis Eckert

Références bibliographiques:

ECKERT D. (2004), Le Monde russe, Paris: Hachette, coll. Carré Géographie

KRINDATCH A., ECKERT D. (1995), «Les peuples et la question ethnique», [in Brunet R., Eckert D., Kolossov V. (dir.), Atlas de la Russie et des pays proches, Montpellier-Paris: Reclus - La Documentation Française], p. 108-111

DE TINGUY A. (2004), La Grande migration: la Russie et les Russes depuis l'ouverture du rideau de fer, Paris: Plon, 662 p.