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2005: la fin de l’Enduro du Touquet

1. L’enduro 2004 dans les dunes (cliché Ch. Maindru, 2004)
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Le Touquet-Paris-Plage, station balnéaire plus que centenaire de la Côte d’Opale (1), doit une part de sa renommée actuelle à une compétition de moto qui s’y tient depuis 1975, L’Enduro des Sables. Le créateur de l’événement fut Thierry Sabine, également à l’origine du Paris-Dakar. Ce critérium dominical de trois heures est depuis trente ans un rendez-vous des inconditionnels de la moto; il attire plusieurs centaines de milliers de personnes au Touquet à la mi-février.

L’édition 2005 de cette épreuve, courue le 6 février dernier, sera pourtant l’ultime du genre. La mairie du Touquet a annoncé le 15 janvier qu’elle mettait un terme à l’enduro, malgré ses fortes retombées touristiques et commerciales. La tenue de la compétition, dont le circuit emprunte les plages et les dunes de la station, suscitait depuis de nombreuses années des conflits avec les représentants de diverses associations mettant en avant le risque de dégradation du milieu naturel. Les dunes protègent en effet une zone littorale sensible, menacée à la fois par l’érosion régressive et par la montée des fréquentations récréatives. Or, pendant l’enduro, le passage incessant d’un millier de motos (figure 1) et le piétinement incontrôlé de la foule contribuent à détruire la végétation qui stabilise les dunes, ce qui réactive la déflation éolienne.

D’ailleurs, du fait de leur biodiversité floristique et faunistique, les dunes de la Côte d’Opale ont été reconnues précocement comme des espaces fragiles et remarquables. Dix-huit espèces végétales y sont protégées, dont quatre au niveau national (Liparis de Loesel, Pyrole des sables, Pensées des dunes, Saules des dunes) et quatorze au niveau régional. Les dunes ont été classées au titre de la loi littoral de 1986 en quatre zones naturelles d’intérêt faunistique et floristique (ZNIEFF). Elles sont en outre identifiées comme un site naturel d’importance communautaire, au titre de la législation européenne.

2. Les circuits de l’Enduro du Touquet

Les associations de défense de l’environnement, dont la fédération nationale France Nature Environnement et son représentant régional Nord Nature, le Groupement de Défense de l’Environnement de l’Arrondissement de Montreuil-sur-Mer (GDEAM), se sont fortement mobilisées et opposées aux adeptes de la course. Elles ont mis en avant les risques de dégradation de la ZNIEFF n° 59 dite des Dunes de Mayville (au sud du Touquet), située sur le tracé du circuit, soulignant en outre les diverses dégradations et souillures dues à la pratique du camping sauvage par beaucoup de spectateurs soucieux d’être aux premières loges pendant la course.

Ces associations ont donc intenté des recours en justice. Elles ont eu gain de cause en 2003, lorsque le tribunal administratif de Lille a déclaré illégale la décision du préfet du Pas-de-Calais d’autoriser l’édition 2002. Les organisateurs de la compétition ont alors réduit de moitié le circuit dans les dunes situées au sud du Touquet. Le parcours sur la plage en a été allongé d’autant (figure 2).

3. La foule dans le «Goulet» (cliché: C. Dutkiewicz, 15 février 2004)

On a fait un effort de sensibilisation du public en apposant des panneaux d’informations signalant la fragilité des dunes;  celles situées entre le Touquet et Stella-Plage ont été interdites d’accès au public. Les spectateurs devaient se concentrer sur le front de mer des stations du Touquet, de Stella-Plage et de Merlimont-Plage, sans plus avoir accès au fameux point stratégique du «Goulet» (brèche de 300 m en forme d’entonnoir dans le cordon dunaire). Mais, malgré un important dispositif policier, les autorités n’ont pu empêcher que les dunes entre Stella et Merlimont et les abords du «Goulet» soient prises d’assaut par la foule (figure 3).

Pour une station créée ex nihilo sur un cordon dunaire, préserver un cadre paysager classé est primordial. C’est probablement l’impossibilité de concilier les impératifs de la promotion du Touquet comme lieu sportif et comme ville balnéaire soucieuse de la protection de l’environnement qui a conduit la mairie à renoncer définitivement à organiser une manifestation de plus en plus contestée. L’impact économique et médiatique de la compétition ne justifie plus les entorses à la législation environnementale, au grand dam des représentants des professions hôtelières et touristiques.

Cassilde Dutkiewicz