N°106

Ni espace ni temps en Préhistoire ancienne: «Out of Africa» ou le paradigme de la flèche

Dans l’approche de la culture matérielle, bien que l’objet l’ait régulièrement relégué au rang d’interprétation secondaire, le phénomène humain se place au centre des questionnements. Il se définit notamment par un temps et un espace dans lesquels il s’inscrit. La perception de ces dimensions est, par conséquent, primordiale en archéologie; les comportements humains étant perpétuellement dynamiques.

Toutefois, le degré de précision auquel il est possible de prétendre est dépendant de la quantité de données disponibles. Cet état de fait constitue l’une des plus importantes limites méthodologiques. De plus, selon la période d’étude concernée, les archéologues sont inégaux face aux legs du passé et aux hypothèses qu’il leur est permis de formuler. Ainsi, la définition des échelles spatiales et temporelles est liée au point de vue adopté (Koehler, 2010; Rasse, 2010). En cela, préhistoriens et historiens ne sont pas logés à la même enseigne, et plus on recule dans le temps plus cette situation s’accentue. La dilatation très marquée du Paléolithique inférieur a largement concouru à simplifier à l’extrême le temps et l’espace dans les problématiques anthropologiques, les approches réellement géographiques restant finalement très rares. «Penser l’espace en millions d’années» n’est pas un exercice des plus simples, il est pourtant essentiel à la compréhension des peuplements paléolithiques (Rasse, 2009).

Avant d’analyser les paradigmes à l’œuvre pour ces périodes anciennes, il est nécessaire de s’arrêter d’abord sur la résolution spatiale et temporelle accessible pour le Paléolithique inférieur [1].

Plus de deux millions d’années de données… mais une faible densité de sites fiables

Le Paléolithique inférieur, corrélé aux ensembles techniques dits «oldowayens» et «acheuléens» [2], correspond généralement à la période du Paléolithique antérieure à 300 000 ans environ.

La date du début de cette période est dépendante de la découverte des outils les plus anciens. Actuellement, elle est fixée aux environs de 2,6 millions d’années (Ma) avec le site de Kada Gona, en Éthiopie, dans lequel des débitages peu élaborés et des «galets aménagés» [3] ont été reconnus (Semaw et al., 1997). Récemment, le site de Dikika en Éthiopie aurait livré des traces de découpe attestant de l’utilisation d’outils de pierre vers 3,4 Ma (McPherron et al., 2010), ce qui repousserait d’environ 800 000 ans les débuts d’une «culture matérielle». Ces nouvelles observations restent largement sujettes à débat (Domínguez-Rodrigo et al., 2010) et nous considérons la date de 2,6 Ma comme la plus fiable. L’approche anthropologique en Préhistoire ancienne renvoie donc à l’étude d’une période s’étalant sur plus de deux millions d’années. C’est en considérant la densité et la qualité des sites découverts que nous percevons l’ampleur de la tâche. En effet, nombre de sites correspondent à des découvertes décontextualisées, en position secondaire. Leur information est alors limitée voire inutilisable. Pour la période antérieure à deux millions d’années, le nombre de sites les mieux localisés chronologiquement est très faible: outre Kada Gona, on peut citer, pour l’Afrique de l’Est, Bouri, Kada Hadar et Shungura en Éthiopie ou encore Lokalelei et Kanjera South au Kenya (pour une revue des principaux sites: Bordes, 1984; Gallay, 1999; Braun, Hovers, 2009). La précision de la datation est également variable, certaines attributions pouvant présenter une fourchette de plusieurs centaines de milliers d’années. La résolution temporelle et spatiale est donc grossière et implique, immanquablement, une absence d’interprétations en termes de dynamiques spatiales.

De 2,0 Ma à la limite paléomagnétique Brunhes-Matuyama, c’est-à-dire vers 0,780 Ma, que ce soit en Afrique de l’Est ou au Proche-Orient, pour ce qui nous concerne, le nombre de sites découverts s’accroît mais reste relativement faible. En Afrique, les sites les mieux connus sont la séquence d’Olduvai en Tanzanie qui se développe à partir de 1,9 Ma environ, les différentes localités de Melka Kunture en Éthiopie, la séquence d’Olorgesailie au Kenya et les sites du West Turkana au Kenya (Leakey, 1971; Isaac, 1977; Leakey, Roe, 1994; Roche et al., 2003; Chavaillon, Piperno, 2004). Du Proche-Orient jusqu’au Caucase, les sites sont aussi particulièrement épars: aux alentours de 2,0-1,8 Ma, seul le site de Dmanisi en Géorgie est bien daté (Gabunia et al., 2000). Deux autres sites, Yiron et ‘Erq el Ahmar en Israël, témoigneraient d’occupations datant d’environ 2,0 Ma, voire de plus de 2,4 Ma, mais cela reste discuté (Yiron: Mor et al., 1987; Rolland, 1998; Ronen, 2006; Bar-Yosef, Belmaker, 2011 – ‘Erq el Ahmar: Braun et al., 1991; Bar-Yosef, Belmaker, 2011). Jusqu’à la limite Brunhes-Matuyama, seuls quatre sites livrent des dates relativement précises: ‘Ubeidiya (1,4 Ma), Bizat Ruhama (environ 1,0 Ma), Gesher Benot Ya‘aqov (0,8-0,6 Ma) en Israël et El Meirah (au moins 0,7 Ma) en Syrie (Bar-Yosef, Goren-Inbar, 1993; Goren-Inbar et al., 2000; Zaidner et al., 2003; Boëda et al., 2004). Un autre site, Nadaouiyeh aïn Askar, en Syrie, pourrait fournir des dates anciennes et fiables mais elles n’ont pas été encore publiées (Le Tensorer et al., 2010). Cependant, si la résolution s’améliore quelque peu, elle n’est pas exploitable pour une perception détaillée des peuplements pléistocènes.

La faible densité des sites et des données au Pléistocène inférieur et moyen ancien (de 2,5 Ma jusqu’à environ 0,4 Ma) pose la question de la possibilité de documenter des dynamiques spatiales pour ces périodes. Il semble aujourd’hui impossible de manier des échelles fines pour discuter des diffusions globales sans procéder à une réflexion sur le sujet. Les informations actuelles limitent drastiquement les interprétations et se pose la question du rapport entre deux sites séparés de plusieurs centaines de milliers d’années et des phénomènes prenant place dans cet intervalle chronologique. Cette insuffisance de l’acquisition des données n’est pas seule en cause et ne constitue pas l’unique obstacle à un véritable discours géographique sur le Paléolithique inférieur. Des problèmes d’un autre ordre existent et nécessitent un exercice de déconstruction épistémologique.

«Out of Africa»: un modèle (trop?) consensuel

Les problématiques liées au Pléistocène inférieur et moyen sont indissociables des dynamiques de peuplement à l’échelle globale. À l’heure actuelle, le modèle «Out of Africa» est généralement admis et relativement consensuel (Aguirre, Carbonell, 2001; Bar-Yosef, Belfer-Cohen, 2001; Saragusti, Goren-Inbar, 2001; Dennell, 2003; Antón, Swisher, 2004; Carbonell et al., 2010).

Un modèle de dispersion des hominidés à l’échelle du globe

L’idée du modèle général «Out of Africa» correspond à l’hypothèse de sorties successives d’hominidés de l’Afrique de l’Est vers le reste du Vieux Monde. Cette représentation de la dispersion de populations suppose un monde en connexion: celle-ci passe notamment par la mise en évidence d’un partage universel de culture(s) technique(s) «oldowayenne» ou «acheuléenne» selon la période. Les cartes de dispersion des hominidés sont récurrentes dans les publications et toujours conçues sur le même modèle: de grandes flèches partent d’une zone non précisée de l’Afrique de l’Est et rayonnent en Afrique du Nord, du Sud, au Proche-Orient puis vers l’Europe et l’Asie de l’Est (fig. 1) (Klein, 1999; Bar-Yosef, Belfer-Cohen, 2001; Rightmire, 2001; Muttoni et al., 2010).

1. Deux exemples de cartes généralement utilisées pour illustrer la dispersion des premiers hominidés

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Parfois, ces représentations montrent d’emblée des problèmes conceptuels. La carte publiée par Ofer Bar-Yosef et Anna Belfer Cohen en 2001, par exemple, présente des flèches franchissant la frontière de la «Northern distribution of the Acheulian», séparant un monde dit «acheuléen» des autres cultures techniques (en Inde par exemple), voire même traversant des zones dans lesquelles les assemblages ne livrent pas de pièces bifaciales (Europe centrale et de l’Est) (fig. 1). Cependant, si une limite est représentée sur ces cartes, elle doit impliquer des explications sur les dynamiques de peuplement, malheureusement non envisagées ici. Rappelons que cette «frontière» est similaire, sans être tout à fait identique, à la ligne de Movius définie par le chercheur du même nom au milieu du XXe siècle: elle marquait une limite entre un complexe à «bifaces» et débitage Levallois (système de débitage élaboré généralement corrélé au Paléolithique moyen) et un complexe sans «bifaces» mais avec «choppers et chopping-tools» (Movius, 1948, 1969). Cette ligne a fait et fait toujours l’objet de nombreux débats (Lycett, Bae, 2010). Certains auteurs ont proposé de nuancer cette vision en différenciant une ligne de Movius sensu stricto et une ligne sensu lato (Norton et al., 2006).

2. Carte de répartition des sites à pièces bifaciales au Pléistocène inférieur et moyen ancien

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En outre, si on place les sites les plus fiables livrant des pièces bifaciales au Pléistocène inférieur et moyen ancien [4], leur répartition indique une situation plus complexe encore que celle présentée par ces cartes (fig. 2). En effet, différents foyers principaux — Afrique de l’Est, du Sud, du Nord, Proche-Orient, Inde / Pakistan, Chine orientale [5], Europe de l’Ouest — semblent s’individualiser. Mais dans l’état actuel des connaissances, hors de ces foyers, des zones sans pièces bifaciales, c’est-à-dire, en simplifiant, sans «Acheuléen», apparaissent et présentent des assemblages aux caractéristiques techniques différentes, en particulier en Europe centrale et de l’Est, en Asie centrale et dans la région entre l’Inde et l’Asie de l’Est et du Sud-Est. Pourtant, dans les schémas de dispersion, ces régions sont traversées par des flèches alors qu’il n’existe pas ou peu d’indices archéologiques ou que des indices semblent indiquer une culture technique différente. La réalité archéologique implique l’existence d’une altérité technique généralement gommée par la volonté d’établir un «monde acheuléen unifié» qui permet d’expliquer à son tour les migrations humaines [6]. La prise en compte des différences techniques existantes incite à penser d’autres schémas que ceux des migrations résumées à de simples trajectoires. Il apparaît donc évident qu’une représentation plus idéologique qu’archéologique sous-tend l’interprétation générale des données actuellement disponibles.

Les sorties d’Afrique vers le Proche-Orient: le modèle des «trois vagues»

Si nous nous arrêtons plus spécifiquement aux relations entre l’Afrique de l’Est et le Proche-Orient au Pléistocène inférieur et moyen ancien, c’est-à-dire deux régions géographiquement proches à l’échelle du globe et qui semblent a priori connectées culturellement (elles montrent une évolution technique générale similaire), il est possible de mettre en évidence le même paradigme que celui qui est à l’œuvre dans le modèle des dispersions globales, et de le définir. Cette connexion culturelle n’est finalement avancée que sur de faibles données véritablement technologiques [7] et se base principalement sur un autre type de connexion, géographique celle-ci. Si la question d’une diffusion entre l’Afrique du Nord et l’Espagne reste posée compte tenu du débat sur l’ouverture ou la fermeture du détroit de Gibraltar, l’existence de migrations à partir de l’Afrique de l’Est vers le Proche-Orient n’est pas remise en cause du fait d’une connexion terrestre par le corridor du Nil et éventuellement par la péninsule Arabique via le détroit de Bab al-Mandeb. En outre, au-delà d’un consensus quasi général sur les migrations, leur caractère systématique et régulier pour chaque changement technique au Proche-Orient est largement avancé.

3. Modèle de dispersion des hominidés vers le Proche-Orient (modèle des «trois vagues»)

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Ce système de migrations entre l’Afrique de l’Est et le Proche-Orient peut être appelé modèle des «trois vagues». Il se compose de trois épisodes de dispersion reconnus par la mise en évidence de différences techniques et morphométriques dans trois sites du Caucase et du Levant (fig. 3) (Bar-Yosef, Belfer-Cohen, 2001). La première vague se base sur le site de Dmanisi, en Géorgie. Ce site est le témoin fiable d’une occupation du Proche-Orient et du Caucase vers 1,8 Ma et il est techniquement rapproché des sites est-africains «oldowayens». Une vague ancienne de dispersion d’hominidés est proposée, les plus anciens fossiles humains étant concentrés presque exclusivement en Afrique de l’Est. Rappelons toutefois que le rift est-africain consiste en un piège sédimentaire exceptionnel, avec de longues séquences mises au jour par la tectonique très active de la zone (Gallay, 1999). Cette situation a concentré de manière très prononcée les recherches en Préhistoire et créé un biais dans la représentativité documentaire globale: l’hypothèse d’une très ancienne diffusion de populations à partir de l’Afrique de l’Est n’est donc pas à l’abri de nouvelles découvertes réalisées sur d’autres terrains en Afrique ou hors de l’Afrique. Nous souscrivons ici à la vision de la plus grande ancienneté de l’Afrique de l’Est qui constitue à l’heure actuelle l’hypothèse la mieux soutenue en termes de faits archéologiques. La date de cette dispersion peut toutefois être sujette à débat puisque des sites chinois (en particulier Longgupo et Renzidong) et pakistanais (Riwat) pourraient être datés d’environ 2,0 Ma voire plus (leur datation reste controversée) (Chine: Schwartz, Tattersall, 1996; Han et al., 1999; Hou et al., 1999; Chen, 2000; Han, 2000; Lu, 2000; Wei, 2000; Chen, 2003; Ciochon, 2009; Boëda et al., 2011 – Riwat: Rendell et al., 1987; Dennell, 2007, 2009; Chauhan, 2010). Avec l’intégration du site de Yiron, en Israël, dont la date est également discutée (Bar-Yosef, Belmaker, 2011), cette première vague vers le Proche-Orient est parfois repoussée jusqu’à 2,5 Ma (Ronen, 2006).

La séquence de ‘Ubeidiya (Israël), entièrement attribuée à «l’Acheuléen ancien», est considérée comme le marqueur d’une nouvelle vague de migration d’Homo erectus, porteurs d’une méthode de taille inconnue au Proche-Orient, le façonnage bifacial (Bar-Yosef, Goren-Inbar, 1993; Bar-Yosef, Belfer-Cohen, 2001). La date de 1,4 Ma, généralement proposée pour la séquence, est utilisée pour obtenir une indication chronologique de cette supposée nouvelle expansion.

Enfin, une troisième vague est avancée sur la base de pièces façonnées techniquement différentes sur le site de Gesher Benot Ya‘aqov (GBY) (Israël), daté d’environ 0,8-0,6 Ma: pièces bifaciales et hachereaux présentent des affinités techniques avec des assemblages africains, affinités qu’il est impossible de relier à une quelconque tradition technique proche-orientale en présence (Goren-Inbar, Saragusti, 1996; Saragusti, Goren-Inbar, 2001).

La plupart des auteurs se cantonnent actuellement à un modèle composé de trois vagues mais Avraham Ronen en propose une quatrième avec le site de Bizat Ruhama (Israël), daté d’environ 1,0 Ma: celui-ci présente un assemblage composé d’un débitage microlithique, très différent du fond «acheuléen» proche-oriental de l’époque (Ronen, 2006).

«Out of Africa» ou l’élimination de l’espace et du temps

Aujourd’hui, ce modèle est largement répandu dans les discussions concernant le Pléistocène inférieur et moyen ancien sans que sa pertinence ne soit réellement débattue. Cependant, des propositions alternatives à cette vision classique de sorties discontinues et successives d’Afrique émergent, notamment par la réintroduction de la notion d’évolution locale, et amènent à envisager une refonte en profondeur de l’approche de ces périodes (Ron et al., 2003; Boëda et al., 2004; Copeland, 2004; Boëda, 2005). Elles soulignent l’existence d’un paradigme rigide, sous-jacent à cette vision des peuplements.

Des problèmes de différents ordres

Une critique approfondie permet de lister un certain nombre de problèmes de deux natures: conceptuelle et méthodologique. Conceptuelle d’abord puisque ce modèle des trois vagues s’appuie sur trois ou quatre sites seulement pour une période d’au moins un million d’années! À chaque découverte d’un site proche-oriental présentant une nouvelle technique ayant son pendant en Afrique de l’Est ou montrant des différences très marquées avec le fond local, une nouvelle dispersion d’hominidés est envisagée. Ce réflexe véhicule l’idée d’un oubli du passé technique: les éventuels nouveaux arrivants font-ils réellement l’impasse sur les techniques rencontrées à leur point d’arrivée? Il faut rappeler alors l’observation des cartes de dispersion que nous avons faite ci-dessus et sur lesquelles des flèches de migrations peuvent traverser des zones aux traditions techniques très différentes de celles des migrants. Qu’en est-il dans ce cas du fond technique local?

En outre, la discontinuité des influences et des migrations est d’emblée admise: les sorties d’Afrique sont, en quelque sorte, assimilées à un système pulsatile, les hominidés sortant de l’Afrique à intervalles plus ou moins réguliers, toujours porteurs d’une tradition technique différente de celle des migrants précédents. Cette vision implique l’unipolarité de la dispersion: toujours de l’Afrique de l’Est vers d’autres espaces. La possibilité de flux inverses, vers l’Afrique, n’est que trop rarement considérée. Elle l’est, a contrario, plus aisément concernant les déplacements des mammifères au Pliocène et au Pléistocène, déplacements qui sont souvent interprétés comme une des causes des diffusions humaines (O’Regan et al., 2011).

4. Exemple de la pointe Levallois morphologique pour illustrer la dépendance de la forme à la structure et le problème inhérent à l’analyse typomorphologique (Boëda, 1997)

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Les critiques sont également d’ordre méthodologique et à plusieurs niveaux. Tout d’abord, concernant les méthodes d’analyse de matériel mises en œuvre sur ces collections anciennes, il est manifeste que les approches typologiques et morphométriques montrent leurs limites. L’apport de la technologie, par l’utilisation de la notion de chaîne opératoire, est clairement établi et, bien que la typomorphologie intègre à présent quelques éléments techniques et productionnels, elle ne parvient pas à se détacher de l’analyse des formes. Or, comme l’a montré Éric Boëda en se basant sur la critique de l’hylémorphisme de Gilbert Simondon, la forme est dépendante de la structure: l’appréhension de la forme sans celle de la structure constitue par conséquent un piège d’autant plus grand qu’il concerne les périodes anciennes (Simondon, 1958; Boëda, 1997). En effet, les pièces lithiques peuvent se rattacher à une même structure (un même concept de taille) tout en présentant des formes différentes, et vice versa. La pointe Levallois en est un parfait exemple (fig. 4): cette pointe sensu stricto est le produit prédéterminé d’un système très particulier et élaboré — le Levallois — mais des pointes à la structure et à la forme similaires peuvent également être obtenues par des systèmes non Levallois (Boëda, 1997). Par conséquent, la typomorphologie, ne pouvant différencier l’origine technique et structurelle d’artefacts morphologiquement similaires, ne peut constituer une approche adaptée à la compréhension des phénomènes techniques du Pliocène et du Pléistocène inférieur et moyen. C’est pourtant par elle que les liens techno-culturels sont habituellement établis entre les sites est-africains et proche-orientaux.

Un autre problème, spécifique au site de ‘Ubeidiya, apparaît également. La séquence, composée de plusieurs dizaines de niveaux archéologiques, est attribuée dans son intégralité à «l’Acheuléen ancien» (Bar-Yosef, Goren-Inbar, 1993). Toutefois, dans un premier temps, certains des niveaux les plus anciens avaient été attribués à «l’Oldowayen», la composition des niveaux se distinguant nettement: sans bifaces, avec peu ou beaucoup de bifaces (Gilead, 1993). La diversité technique de cette séquence est par conséquent complètement uniformisée par une seule et unique attribution techno-culturelle. Il est aujourd’hui plus que commun de citer le site de ‘Ubeidiya sans préciser un numéro de couche archéologique en particulier. N’est-il pas possible de voir dans cette diversité de composition un phénomène local qui desservirait alors l’hypothèse d’une stricte migration?

Le maniement d’échelles très différentes est encore absent de nombreux travaux et le passage d’une échelle fine, qu’elle soit spatiale ou temporelle, à une échelle globale est un exercice complexe. Les modèles actuels de dispersion ne font pas exception: la difficulté de passer de l’échelle — locale — de l’assemblage lithique à l’échelle — globale — de la diffusion des hommes est réelle mais ne semble poser aucun problème dans le modèle «Out of Africa». Les similarités morphologiques perçues entre les assemblages sont considérées comme suffisantes pour établir un lien en termes de migration(s) et/ou d’influence(s).

Le paradigme de la flèche

Ces critiques et observations permettent de pointer et de définir le paradigme à l’œuvre dans les modèles proposés. Comme souvent, le fonctionnement des paradigmes semble simple, mais ceux-ci sont profondément ancrés dans les approches développées. Le paradigme relatif au modèle «Out of Africa» n’échappe pas à la règle et nous pourrions le nommer le paradigme de la flèche (fig. 5).

5. Paradigme de la flèche. Théorie et exemple de la deuxième vague de migration

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Pour deux sites donnés, X et Y, l’analyse typomorphologique va permettre de souligner des similarités entre les deux assemblages lithiques. Cette démarche amène nécessairement à attribuer une même étiquette culturelle à chacun des deux sites, les rassemblant ainsi au sein d’un même complexe technique. Le site X étant antérieur chronologiquement à Y, cette connexion culturelle se transforme en flèche, impliquant une source, X, lieu de départ d’une migration, ou d’une influence, vers Y, lieu d’arrivée après un certain laps de temps, celui du déplacement du groupe ou de l’idée. Si la réflexion elle-même n’est pas problématique, c’est, d’une part, la méthodologie mise en œuvre pour établir le lien culturel et, d’autre part, la projection de ce schéma sur une carte mondiale qui doivent être remises en cause.

L’exemple de ‘Ubeidiya est particulièrement parlant (fig. 5). La séquence complète du site se compose d’assemblages définis par la présence de pièces bifaciales et d’autres pièces, considérées comme diagnostiques d’une période ancienne de «l’Acheuléen». Comparés à des sites est-africains du Pléistocène inférieur et moyen, ces assemblages partagent le même panel général de types morphologiques (Bar-Yosef, Goren-Inbar, 1993). Une même culture technique rassemblerait donc ces sites, celle de «l’Acheuléen ancien». Les sites est-africains étant plus vieux que ‘Ubeidiya d’environ 300 000 ans, le lien culturel devient une migration d’hominidés ou un flux d’idées partant de l’Afrique de l’Est vers le Proche-Orient, traversant sans obstacle l’espace nord-est africain et/ou la péninsule Arabique (espaces dans lesquels les données sont peu nombreuses et/ou peu fiables). Il est d’ailleurs révélateur que la phrase issue de la monographie de ‘Ubeidiya «it is generally accepted that the site of ‘Ubeidiya represents one of the stations in the expansion of Homo erectus into Eurasia» [8] (Bar-Yosef, Goren-Inbar, 1993) soit placée dans cette publication avant la comparaison avec les sites est-africains et eurasiatiques.

Ce paradigme revient à relier des points par des flèches en fonction des datations et des ressemblances typomorphologiques des assemblages. Exception faite du problème méthodologique de caractérisation technique, le raisonnement peut être considéré comme valable lorsqu’il est utilisé avec des échelles spatiales locales et des temporalités courtes: l’obstacle épistémologique s’exprime donc à l’évidence dans l’application de ce raisonnement à une échelle continentale avec des temporalités longues, de l’ordre de plusieurs centaines de milliers d’années. Cela le rend par là même, éventuellement vrai en termes de conclusion, mais non valable dans sa logique et son maniement. Par conséquent, le tracé d’une telle flèche de migration implique l’élimination de toute temporalité et de toute spatialité, que ce soit celle du site, de la région ou des flux transcontinentaux de populations ou d’idées. Sans la considération des échelles, le paradigme est malheureusement exploité à un niveau local comme continental, dans un temps court comme long. L’utilisation d’un tel raisonnement pour les périodes anciennes renvoie donc au cœur du problème: l’absence de prise en compte, et donc la négation, des dimensions spatiales et temporelles inhérentes aux phénomènes humains.

Conclusion

La modélisation des dynamiques spatiales pose un véritable problème en Préhistoire ancienne. Plus nous reculons dans le temps et plus les difficultés s’accumulent. La trop faible densité de sites et de données fiables, y compris dans les régions les mieux étudiées, est évidente. C’est bien entendu un obstacle majeur à la perception des peuplements, que ce soit en termes d’occupations ou de dynamiques spatiales. Néanmoins, le manque de données n’explique que partiellement les schémas en place en Préhistoire.

En effet, la diffusion de représentations contestables comme celle des modèles de sorties d’Afrique est liée à la présence d’obstacles épistémologiques largement partagés. Les causes, qu’elles soient méthodologiques ou paradigmatiques, ont largement sclérosé les réflexions possibles sur les modélisations spatiales et ont imposé un schéma unique, celui de la flèche globale, niant temps, espace et temporalités.

6. Scénarios théoriques possibles du passage de la pièce bifaciale en Afrique de l’Est et au Proche-Orient

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Quelles sont aujourd’hui les perspectives qui permettraient de renouveler nos visions sur ces périodes anciennes? Le travail de déconstruction est à l’œuvre et ce grâce à la réhabilitation, depuis quelques années, de la notion d’évolution locale par différents auteurs (Ron et al., 2003; Boëda et al., 2004; Copeland, 2004). Cette idée revalorise l’altérité technique et l’évolution des lignées technoculturelles dans une région donnée. Ainsi, il devient possible d’envisager des scénarios alternatifs: la convergence, c’est-à-dire l’invention indépendante à une même période ou à une période plus récente d’une même solution technique en un lieu différent (fig. 6, scénario 3), plus que la simple diffusion de l’innovation venue de loin (soulignons ici que nous ne rejetons pas cette dernière hypothèse mais qu’elle doit réintégrer sa place au sein des réalités possibles) (fig. 6, scénario 1); ou encore des situations intermédiaires comme la réinterprétation par des groupes culturellement distincts d’une nouveauté technique qui diffuse (diffusion de l’innovation) sans que le groupe d’origine lui-même ne diffuse (fig. 6, scénario 2). La considération de l’évolution locale ne va donc pas à l’encontre de la notion de migration, bien au contraire; elle l’intègre, l’enrichit, la complexifie. Elle permet surtout de réintégrer l’espace et le temps au cœur de la réflexion: tout phénomène humain, et la technique n’échappe pas à la règle, prend place dans un «autour» ainsi que dans un «avant» et un «après».

Mais, si ces notions sont indispensables pour le dépassement des paradigmes actuels, elles sont indissociables de la mise en place d’une nouvelle méthodologie heuristique. Celle-ci se doit de considérer l’objet technique non pas comme une simple forme mesurable mais comme un élément qui intègre un système d’activité instrumentée défini par la mise en présence de l’artefact, d’un utilisateur et d’une matière d’œuvre au sein d’un environnement, ces différentes composantes étant liées entre elles par le geste d’utilisation et les techniques du corps (Rabardel, 1995). Cette représentation appliquée en Préhistoire a permis de développer une approche techno-fonctionnelle replaçant l’outillage lithique taillé dans sa relation à l’homme: elle passe par la reconnaissance des critères techniques recherchés pour remplir une tâche et imprégnés des contraintes culturelles du groupe (Boëda, 1997, 2005; Soriano, 2000).

L’objet et l’assemblage renvoient ainsi, d’une part, à des éléments à part entière du système homme-environnement, et sont donc aptes à mettre en évidence des aires techno-culturelles: les caractéristiques techniques et économiques des assemblages lithiques qui sont issues en premier lieu de choix humains peuvent constituer, à différents niveaux et donc à différentes échelles, des faits culturellement partagés et renvoyer à des groupes culturels locaux, régionaux voire continentaux (Bonnemaison, 2004; Boëda, 2005; Koehler, 2010; Rasse, 2010).

D’autre part, objet et assemblage correspondent à une étape d’une histoire, à un produit d’une genèse technique (Simondon, 1958). L’objet technique n’est jamais inventé ex nihilo mais il est issu d’une évolution et sera lui-même à l’origine d’autres inventions. À l’instar des êtres vivants (sans accorder un caractère vivant à la technique bien entendu), il s’inscrit dans une lignée avec des ascendants et des descendants techniques, une même fonction et un même principe technique reliant ces objets entre eux (Simondon, 1958; Deforge, 1985). C’est donc par cette approche dite «génétique» qu’il nous est permis d’accéder au temps long et de proposer une lecture des techniques paléolithiques en lignées évolutives (Boëda, 1997, 2005). La comparaison de la réalité archéologique avec une évolution technique théorique (c’est-à-dire, les lignées techniques telles qu’elles se développeraient de manière autonome sans interventions humaines et/ou causes environnementales) met en évidence des continuités ou des discontinuités qui peuvent être interprétées en termes de dynamiques spatiales puisque les ruptures techniques profondes, les changements brutaux de lignées et leurs rythmes ne sont liés qu’à des facteurs extrinsèques à la technique (Simondon, 1958; Chateau, 2005).

Cette approche globale de l’outil présente ainsi l’intérêt essentiel de réintégrer dans le débat la question des échelles spatiales et temporelles et de leur maniement: elle est au cœur d’une recherche doctorale portant sur les assemblages à pièces bifaciales d’Afrique de l’Est et du Proche-Orient au Pléistocène inférieur et moyen ancien. Celle-ci a pour objectif de tester le potentiel d’une telle réflexion dans la mise en évidence des dynamiques de peuplement et/ou des évolutions locales.

Bibliographie

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Cet article est issu d'une communication présentée lors de la 3e rencontre des doctorants du GdR MoDys - Modélisation et Dynamiques Spatiales (Tours, décembre 2010). L'auteur remercie les membres du GdR investis dans l'organisation de cette rencontre, en particulier les directeurs, Xavier Rodier et Lahouari Kaddouri. Un grand merci à Michel Rasse pour sa relecture et les conseils indispensables d'un géographe à un préhistorien.
Nous conserverons ces deux termes — «Oldowayens» et «Acheuléens» — entre guillemets, leur réalité culturelle étendue au globe n'étant qu'une conséquence abusive de méthodes d'analyse liées à la morphologie des objets et non à leur nature d'outil.
De nombreux systèmes de taille de pierre existent pendant la Préhistoire et se rattachent à deux grandes familles: le débitage, qui correspond à la production d'éclats à partir d'un bloc, éclats qui seront utilisés en outils, le bloc appelé nucléus étant considéré comme un déchet, et le façonnage, qui consiste, par l'enlèvement d'éclats également, à donner un volume et des tranchants particuliers au bloc, le bloc étant dans ce cas l'outil et les éclats les sous-produits. De manière volontairement caricaturale, «l'Oldowayen» se caractérise souvent par des débitages peu élaborés et des «galets aménagés» (nucléus ou outils?) tandis que «l'Acheuléen» se définit par la présence de pièces façonnées, appelées «bifaces».
Le Pléistocène inférieur s'étale de 2,5 Ma jusqu'à la limite Brunhes-Matuyama, vers 0,780 Ma. Les premières pièces bifaciales n'apparaissent cependant que vers 1,7 Ma en Afrique de l'Est. Le Pléistocène moyen ancien s'étend jusque vers 0,4 Ma.
Des découvertes récentes ont montré la présence d'assemblages à pièces façonnées, rapprochées de «l'Acheuléen», au nord de la ligne indiquée sur la carte de Bar-Yosef, Belfer-Cohen, 2001 (Huang, Wang, 1995; Hou et al., 2000).
Le terme «migration» est régulièrement utilisé dans les problématiques de peuplement en Préhistoire. Il est cependant rarement défini et recouvre par conséquent diverses réalités que l'archéologie ne confirme pas toujours. Nous lui préférerons le terme plus neutre de «diffusion de population», la «migration» ou la «dispersion» renvoyant plutôt à des modes de diffusion particuliers.
Par technologie, nous entendons l'étude comparée de l'objet dans un système technique et social (Leroi-Gourhan, 1943, 1945; Haudricourt, 1987) mais également l'analyse de l'objet comme élément issu d'une genèse technique et prenant place dans des lignées évolutives (Simondon, 1958; Deforge, 1985; Boëda, 2005).
«Il est généralement admis que le site de ‘Ubeidiya constitue l’une des étapes dans l’expansion d’Homo erectus en Eurasie».