N°107

La «crise» dans l’Union européenne à 27 vue par les cartes

Ce texte vient en complément d’un article publié dans le n°106 de M@ppemonde, où nous commentions un dossier du Nouvel Observateur sur la crise, comprenant une curieuse «carte 2011 des risques» où ne figuraient que 12 des 27 pays de l’Union européenne. Il semble utile de donner corps à l’envie de compléter la carte tronquée de l’Europe à 12 pays, pour voir si on ne serait pas amené à nuancer l’opposition schématique Nord/Sud en prenant en compte les 27 membres actuels de l’Union européenne. Est-ce qu’on ne donnerait pas à voir plutôt, dans ce périmètre élargi, une «opposition Europe de l’Est/Europe de l’Ouest, réactivant par là même l’ancienne partition territoriale de l’Europe de la Guerre froide?», comme nous le supposions en conclusion de l’article précédent?

Les réserves méthodologiques sur l’intérêt même d’une cartographie par pays ou pour des indicateurs dont la pertinence n’est pas évidente sont à garder à l’esprit (Bord, 2012). Il nous semble néanmoins utile de procéder à l’exercice, tout en restant prudent par rapport aux résultats qui apparaîtront sur nos cartes et à l’interprétation qui peut en être faite (tableau 1).

La collection de cartes

On a conservé la discrétisation graphique selon les seuils observés dite aussi méthode des «seuils naturels» (fig. 1).

1. Collection de cartes

La lecture se fait ici toujours carte par carte et la distribution des pays reste bien spécifique à chacun des indicateurs. Ainsi, même si certains indicateurs montrent plus ou moins une gradation nord-sud (taux de croissance, dette publique, déficit ou excédent public), il ressort de façon plus générale une distribution «mosaïque» c’est-à-dire des pays juxtaposés en fonction de tel ou tel indicateur. Pour le «taux de croissance en % du PIB» par exemple, une zone septentrionale se détache avec un taux supérieur à 3% (Suède, Finlande, Allemagne, Pologne et Slovaquie) mais les pays Baltes présentent des situations très contrastées (Estonie + 2,3%, Lettonie - 0,3%, Lituanie + 1,4%). Plus au sud, les États sont dans le «jaune» (entre 0 et 2%): Royaume-Uni, France, Italie, Portugal, mais aussi dans le «bleu», avec un taux de croissance négatif: Irlande, Espagne, Roumanie et surtout Grèce (- 3,5%). Comme il est mentionné dans l’article précédent, ce type de cartographie ne permet pas d’avoir et «de voir» comment les pays se distribuent face aux quatre indicateurs pris ensemble. Pour cela, un traitement des données débouchant sur une carte de synthèse est plus approprié.

Carte de synthèse après traitement matriciel type matrice ordonnable

Un seul type de traitement est proposé: le traitement graphique avec matrice ordonnable qui sert bien la démonstration.

Les différentes explications et étapes pour arriver à la carte de synthèse finale, présentées dans le précédent article, ne seront pas reconduites ici.

Au final, la carte (fig. 2) montre une distribution des pays qui corrobore pour l’Europe occidentale ou Europe de l’Ouest celle des 12 pays de l’Union européenne à savoir:

2. L’impact de la crise dans les 27 pays de l’Union européenne 2011

C’est plutôt dans l’Europe orientale (ou Europe de l’Est) que les pays présentent des situations beaucoup plus contrastées sans être, pour aucun, dans le «vert» toutefois.

Une carte «simplifiée» (ou schéma) (fig. 3) peut rendre compte plus facilement de ces oppositions.

3. Carte simplifiée – L’impact de la crise en 2011

Europe orientale/Ouest de l’Europe: une opposition à nuancer

S’il existe bien une opposition Europe de l’Ouest/Europe orientale, elle n’est pas identifiable à des ensembles qui montreraient une Europe de l’Ouest avec des indicateurs au « vert» et une Europe orientale avec des indicateurs dans le «rouge». L’opposition est à nuancer et nombre de pays de l’Est (Tchéquie, Slovénie par exemple) s’en sortent beaucoup mieux que certains pays de l’Europe de l’Ouest (Grèce ou Espagne). D’autres pays sont en revanche dans le «rouge»: Lettonie, Hongrie et Pologne. Mais de façon générale, tous les pays de l’Union européenne ont des indicateurs bien contrastés et restent plus ou moins marqués par la crise. L’hétérogénéité, notée par M. Pigasse (entretien avec Fredet, 2012), «entre une zone du Nord croissant vite et peu endettée, et une Europe du Sud» n’est guère visible ici. C’est bien plutôt une Europe «patchwork» que nous voyons se dessiner sur la carte de synthèse (fig. 2). La convergence paraît encore un objectif bien lointain, et dépend aussi des choix stratégiques, à venir, des gouvernements nationaux.

Bibliographie

BLANCHARD O. (2003). Peut-on éliminer le chômage en Europe? Conférence donnée à Toulouse le 20 octobre 2003. (consulter)

FREDET J.-G. (19 avril 2012). Crise : pourquoi l’Europe s’enlise? Un entretien avec Matthieu Pigasse, Les débats de l’Obs, Le Nouvel Observateur, n° 2476, p. 104