N°108

L’école des Springboks: le rugby scolaire au Cap, entre ségrégation et déségrégation

La forte dimension sociale et politique du sport en Afrique du Sud se révèle une clé de lecture précieuse des pratiques et des conceptions spatiales de la société sud-africaine. L’histoire (Bodis, 1995) et la sociologie (Nauright, 1997), ou encore le cinéma (Eastwood, 2009), se sont intéressés aux questions d’identité et de représentativité de l’équipe nationale des Springboks, aux liens entre le sport professionnel et la politique, en étudiant le rugby sous le prisme du développement et de la transformation (Grundlingh, 1998). Depuis la Coupe du monde de football en 2010 et l’utilisation du sport comme outil de construction nationale par le gouvernement (Desai, 2010), la géographie porte un intérêt croissant au sport sud-africain, à son impact sur les enjeux d’aménagement urbain, à ses acteurs, à son organisation et à son importance culturelle (Cerbelaud, 2011; Cubizolles, 2010). Comme «les cultures sportives sont devenues des organisateurs sociaux et spatiaux structurant les sociétés» (Augustin, 2007), le sport est étudié à juste titre comme un révélateur des spatialités contemporaines et des territoires du quotidien dans l’Afrique du Sud post-apartheid.

La question sportive est centrale en Afrique du Sud, où le sport et, en particulier, le rugby ont été historiquement instrumentalisés pour diviser la population selon des critères raciaux et racistes (Migozzi, 2010). La matrice de l’Empire britannique y a d’ailleurs rendu le sport et l’école indissociables: enseigné et pratiqué à l’école, le sport est ainsi intimement lié aux questions d’éducation et d’identité culturelle. Dans le champ politico-sportif, le rugby occupe une place à part: plus que de se greffer sur les divisions et les inégalités de la population sud-africaine, le rugby scolaire a concouru à l’enracinement de cultures divergentes au sein de groupes sociaux spatialement séparés dans le cadre d’une forte ségrégation politique et sportive (Black, Nauright, 1998). Dans sa pratique, son organisation et sa symbolique, le rugby s’est, en effet, développé et structuré selon les inégalités du système éducatif qui, dans son organisation, ses programmes d’enseignements et sa politique budgétaire, visait à entériner politiquement, économiquement et socialement la domination de la population blanche au détriment des populations noires et coloured [1] (Kallaway 2002). Clé de voûte historique de la culture et du nationalisme afrikaner, le rugby a été également utilisé par les populations noires et coloured, marginalisées par le système sportif et éducatif, comme moyen de résistance et d’affirmation de leurs identités (Grundlingh et al., 1995). L’ingénierie sociale déployée par l’apartheid s’est aussi forgée par la ségrégation scolaire et sportive. Depuis l’avènement de la démocratie, le gouvernement sud-africain, conscient de l’importance des cultures sportives dans la construction des identités nationales, promeut au contraire le sport, et en particulier le rugby, comme facteur de transformation d’une société encore obsédée par la question de la race (Seekings, 2008). En témoignent la célèbre poignée de main entre Nelson Mandela et Francois Pieenar, capitaine de l’équipe des Springboks, lors de la Coupe du monde 1995, ou encore la délicate question des quotas qui visent à faire des Springboks une équipe plus représentative de la démographie du pays (Cros, 2009). Parallèlement, le système éducatif [2], par les nouvelles mobilités géographiques et sociales qu’il nourrit depuis sa réforme, est un champ majeur d’évolution de la société sud-africaine et d’émergence de la mixité (Battersby, 2004).

Le rugby scolaire se trouve ainsi à la croisée des enjeux sociaux post-apartheid et de la formulation des politiques de réduction des fractures et des inégalités. Au sein de la métropole du Cap, porte d’entrée de l’expansion coloniale et épicentre de la diffusion du rugby en Afrique du Sud, il représente un phénomène de masse: plus de la moitié des établissements scolaires sont enregistrés auprès de la fédération rugbystique locale, la Western Province Rugby Football Union (WPRFU). Dans cet espace urbain fragmenté, (Houssay-Holzschuch, 1999) où le système éducatif reste caractérisé par des inégalités criantes (Lemon, Battersby-Lennard, 2011), le rugby scolaire entraîne, à l’échelle de l’agglomération et de ses quartiers, des mobilités cruciales dans l’évolution et la transformation d’une métropole, marquée par une puissante inertie spatiale. Ce sport se trouve donc au cœur des pratiques citadines, de ces interactions du quotidien dans des lieux symboliques (le terrain de rugby, l’école) entre des populations de races, de classes et d’âges différents (Houssay-Holzschuch, 2010). Créateur de proximité culturelle et physique, ou au contraire élément de mise à distance sociale et culturelle, le rugby scolaire met en question les modalités, les lieux du vivre-ensemble et le façonnement des territoires [3] du quotidien au Cap. Se focaliser aujourd’hui sur les lieux et les temporalités du rugby scolaire permet, en outre, de confronter le discours officiel de la transformation de la société par le sport à la réalité d’une pratique chargée d’une très forte connotation culturelle et politique à l’échelle locale. Cet article propose les résultats d’une enquête de terrain réalisée dans la métropole du Cap de février à juin 2010, sur la base d’entretiens semi-directifs dans 30 écoles et auprès des institutions concernées par le sport scolaire. Ces entretiens ont été complétés par l’analyse des bases de données scolaires et rugbystiques de la fédération locale et de la municipalité du Cap, et se sont inscrits dans le cadre d’une démarche d’observation participante (suivi des entraînements dans les écoles, des rencontres et des tournois, joueur au Temperance Rugby Football Club situé dans le quartier coloured de Crawford).

Pour mieux saisir les spatialités contemporaines du rugby scolaire et leur mise en perspective dans l’agglomération du Cap, il faut d’abord revenir sur l’évolution historique de ce sport politisé et pratiqué aujourd’hui dans le contexte d’une métropole post-apartheid. La gestion institutionnelle et la pratique de masse du rugby scolaire montrent comment les spatialités et les mobilités créées par ce sport reproduisent et entretiennent les inégalités et les fractures de la ville. Enfin, plus que de se calquer simplement sur les fractures de la société capétonienne, le rugby scolaire territorialise: il se constitue, grâce à l’organisation des championnats scolaires et aux réseaux entretenus par les écoles rugbystiques du Cap ainsi qu’aux ressources que celles-ci mobilisent, des territoires sportifs qui sont au cœur des inégalités et des processus de ségrégation et de déségrégation qu’il s’agit ici de définir.

Un sport historiquement politisé dans une métropole post-apartheid

L’école comme lieu d’implantation et de diffusion du rugby au Cap

Aujourd’hui troisième métropole du pays, avec 3,4 millions d’habitants en 2007, Le Cap est la première ville fondée par les Européens en Afrique australe. Selon le recensement de 2001, sa population se répartit entre Blancs (19% de la population totale), Coloured (48%), Noirs (31%) et Asiatiques (2%). La prise de possession de la colonie du Cap par la Grande-Bretagne en 1795 entraîne l’arrivée de colons dans la deuxième moitié du XIXe siècle, alors que la ville entame son expansion. Le système scolaire joue un rôle pionnier dans l’implantation du rugby avec l’arrivée d’un personnel enseignant formé dans des écoles britanniques où ce sport venait d’être inventé et popularisé. Si les établissements de culture britannique sont les premiers à l’adopter dès 1861 (Grundlingh et al., 1995), le rugby se diffuse rapidement parmi les écoles des communautés afrikaners, noires et coloured. Au Cap, le sport scolaire célèbre, pour les populations d’origine britannique, l’héritage culturel de la civilisation impériale, tandis que pour la communauté afrikaner, il participe, dans le contexte de la guerre des Boers, à la construction d’une identité nationale et ethnique en opposition à celle des anglophones. L’adoption du rugby dans les écoles des quartiers noirs et coloured ségrégués se fait dès la décennie 1870-1880, selon d’autres modalités (pauvreté, manque d’infrastructures) et d’autres repères culturels (religion musulmane, identité coloured). Au Cap, cette diffusion du rugby concourt ainsi au début du XXe siècle à l’émergence d’identités et de pratiques sportives et culturelles exclusives, alors que la ségrégation résidentielle se renforce sous l’effet des processus de différenciation sociale et fonctionnelle des quartiers, accélérés par l’industrialisation de la ville (Houssay-Holzschuch, 1999)

Le rugby scolaire sous l’apartheid au cœur du processus de ségrégation socio-spatiale

1. Le Groups Areas Act dans l’agglomération du Cap (zonage de 1950)

Le régime d’apartheid renforce le rôle du système scolaire et du rugby dans l’avènement d’une société ségréguée et raciale. L’arsenal législatif déployé par le gouvernement suivant l’idéologie de développement séparé divise l’agglomération en fonction des races, avec la mise en place du Group Areas Act en 1950 (fig. 1). Parallèlement, le système éducatif de l’apartheid est au cœur même de l’instauration et du maintien d’une société inégalitaire, sous le prétexte raciste de préserver les identités nationales et culturelles de chaque groupe racial et ethnique. En 1954, le Bantu Education Act fragmente ainsi le système éducatif en quatre sous-systèmes (Bantu, Indian, Coloured, White). L’organisation du rugby scolaire en championnats et en fédérations définis selon des critères raciaux aggrave les divisions culturelles, ethniques et politiques et favorise la mise en place d’une géographie de l’exclusion scolaire dans la ville du Cap. Les organisations politiques, telles que le National Party et le Broederbond [4], ont accordé au rugby, sport lié plus que tout autre à l’identité afrikaner et dépositaire d’une très forte valeur symbolique, un rôle unique dans leurs calculs politiques pour entretenir le nationalisme afrikaner. Cette construction de la race et du nationalisme par le sport trouve un terreau dans les liens entre l’éducation et la pratique sportive scolaire: dans les écoles réservées aux Blancs des quartiers de Rondebosch ou de Bellville, la formation et l’idéologie dispensées accordent un rôle fondamental au rugby dans le curriculum, la culture et le prestige de l’établissement. Malgré cette tentative de communautarisation du sport et de construction historique du rugby comme sport afrikaner, les écoles des quartiers coloured de District Six et du Bo-Kaap s’organisent et jouent aussi entre elles: le rugby y devient un pilier culturel. Malgré la pauvreté et le sous-équipement, le rugby se développe aussi dans les townships africains de Langa ou Gugulethu, où il entretient des pratiques et des réseaux de sociabilité d’une grande importance culturelle et symbolique face à l’oppression politique et à la marginalisation subie par les populations noires et coloured. Le rugby, en particulier scolaire, devient donc un élément moteur de la constitution de cultures extrêmement territorialisées et politisées.

Un système scolaire contemporain calqué sur les fractures et les inégalités de l’agglomération

Depuis la fin du régime d’apartheid en 1994, le contexte politique et sportif a changé avec la fusion des fédérations rugbystiques blanches, noires et coloured et la suppression des critères raciaux décidée par la nouvelle politique scolaire: l’école est le lieu de promotion de l’égalité et de construction d’une société sud-africaine autour d’une nouvelle identité multiculturelle. Le paysage scolaire du Cap demeure néanmoins, à l’image de l’agglomération, profondément marqué par le système d’apartheid.

2. La ségrégation résidentielle dans l’agglomération du Cap 3. La pauvreté dans la ville du Cap
Les trois quarts des quartiers du Cap sont qualifiés de ségrégués (ils rassemblent plus de 70% d’habitants d’une même communauté). Les quartiers mixtes ont été définis comme les quartiers qui comptent au moins deux groupes de populations dépassant, à eux deux, 80% de la population totale du quartier sans toutefois que chacun de ces groupes ne dépasse 50% de la population totale.  

Le Cap est en crise urbaine (fig. 2 et 3): la pauvreté et la polarisation sociale ont été aggravées par l’expansion de la ville tandis que les lignes de la ségrégation raciale n’ont que peu évolué (Dubresson, Jaglin, 2008). La nouvelle politique scolaire, qui accorde paradoxalement une forte marge de manœuvre aux établissements pour déterminer le montant des frais scolaires et les zones de recrutement (Bamberg, 2003), n’a pu modifier la hiérarchie entre les établissements, toujours dominée par les écoles auparavant réservées aux Blancs. Les inégalités en matière de sport et d’enseignement (qualité de la formation dispensée, infrastructures, frais de scolarité, localisation et accessibilité, sécurité et budget, renommée et sélectivité, ratio élève/enseignant) sont criantes et reflètent la composition sociale du quartier.

4. Les frais d’inscription annuels des primary schools rugbystiques dans l’agglomération du Cap

Comme l’illustre la carte des frais pour les primary schools (fig. 4), toutes les écoles dispensées de frais d’inscription sont localisées dans les anciens townships, tandis que les écoles des quartiers majoritairement blancs se caractérisent par des montants extrêmement sélectifs pour une ville où 36% des ménages vivaient en 2006 en dessous du Household Subsistence Level [5]. La «fragmentation spatiale» du Cap (Navez-Bouchanine, 2001) ralentit donc les processus de déségrégation des établissements scolaires et de la ville.

Les spatialités contemporaines du rugby scolaire au Cap

Le rugby scolaire, pratique de masse: une autre lecture de l’espace urbain

Le rugby scolaire est particulièrement bien implanté au Cap: 44% des primary schools (soit 215 établissements) et 56% des high schools (soit 117 établissements) de l’agglomération sont enregistrées auprès de la Western Province Rugby Football Union (WPRFU), la fédération de rugby provinciale en charge de la gestion du rugby scolaire et qui recense environ 30 500 joueurs âgés de 7 à 19 ans. Un grand nombre d’acteurs sont touchés et mis en relation par le rugby scolaire: établissements et enseignants, entraîneurs, élèves-joueurs, parents, responsables de la fédération de rugby, employés du ministère de l’Éducation et du ministère des Affaires culturelles et du sport. La localisation des primary schools enregistrées auprès de la WPRFU montre que le rugby scolaire se traduit bien par une pratique de masse diffusée dans l’ensemble de l’agglomération (fig. 5). Ses pôles et lignes de force révèlent néanmoins des disparités au sein de l’espace urbain.

5. Les primary schools rugbystiques dans  l’agglo-mération du Cap

L’opposition entre Northern Suburbs et Southern Suburbs est ainsi nettement marquée (fig. 5). Dans les bastions afrikaners des Northern Suburbs (Tygerberg, Bellville, Durbanville), la quasi-intégralité des primary schools joue au rugby. La population y est à plus de 70% blanche. Dans le district métropolitain est, sur 27 primary schools des quartiers favorisés blancs et de la classe moyenne coloured (Bellville, Kraaifontein et Eerste River), 25 sont adhérentes à la WPRFU, et dans 7 high schools sur 9 on joue au rugby. La densité de la pratique rugbystique est nettement plus faible dans les Southern Suburbs. La géographie du rugby scolaire se structure selon un gradient sud-ouest/nord-ouest: peu nombreuses dans les quartiers blancs de Wynberg à Rondebosch, les primary schools rugbystiques sont quasi absentes dans les quartiers métis de Retreat à Athlone, puis omniprésentes vers le nord-est des Northern Suburbs. Les inégalités économiques ou la ségrégation ethnique ne suffisent pas pour expliquer ces contrastes: des facteurs culturels sont à mettre en avant. La population blanche des Northern Suburbs parle généralement l’afrikaans. On retrouve ici le lien identitaire majeur entre la communauté afrikaner et le rugby: «rugby is basically everything within the Northern Suburbs» [6]. À l’inverse, la population blanche des Southern Suburbs est plus anglophone: le rugby y est apprécié, mais le cricket ou le football y sont plus populaires que dans les Northern Suburbs. Les communautés coloured des Southern et Northern Suburbs présentent des oppositions culturelles similaires: on parle bien plus l’afrikaans à Belhar ou Elsies River que dans les quartiers de Athlone et Retreat où l’anglais est plus souvent la première langue, et la pratique du rugby est beaucoup plus diffusée dans les quartiers nord.

6. Les high schools rugbystiques dans l’agglomération du Cap

La répartition spatiale du rugby dans les high schools fait écho à ces disparités qui s’exacerbent lorsque le jeu devient plus exigeant en termes d’infrastructures, d’encadrement et d’entraînement (fig. 6). D’autres spatialités sportives, telles que la répartition des clubs, trahissent des héritages culturels et des fractures urbaines qui se perpétuent. Le rugby s’est structuré sur les inégalités construites par le système d’éducation: là où les écoles étaient dans l’incapacité de promouvoir l’organisation du sport et d’offrir les infrastructures adéquates, les clubs ont encadré la pratique du rugby pour les jeunes. Aujourd’hui, ces clubs inscrits dans le championnat scolaire sont principalement localisés dans les quartiers noirs et coloured scolairement défavorisés, et bien plus nombreux dans les Southern Suburbs que dans les Northern Suburbs.

Politiques de gestion et conservatisme: l’organisation du championnat comme reproduction de la ségrégation

Le rugby scolaire est une pratique sociale qui concerne de manière quotidienne toutes les communautés du Cap. Ainsi, dans une agglomération où les mobilités sont entravées par les inégalités et la pauvreté des transports publics (Wilkinson, 2008), où les réseaux professionnels ou sociaux restent très marqués du sceau racial, le rugby scolaire, avec ses entraînements et ses rencontres sportives, sa gestion et son organisation peut être un facteur d’érosion de la pesanteur des mentalités et des structures héritées de l’apartheid qu’il a contribué à façonner. Le rugby scolaire a la capacité de créer des interactions d’autant plus fortes qu’elles sont notamment liées à la nouvelle question scolaire et dotées d’une forte résonance culturelle et symbolique. C’est là qu’interviennent les politiques de gestion du rugby scolaire: si le contexte général désigne le sport comme un levier de transformation de la société sud-africaine et de promotion du multiculturalisme, les choix faits par les instances locales en termes de gestion, de promotion et d’organisation du jeu s’inscrivent-ils vraiment dans cette logique? Pour développer et transformer le rugby scolaire, il s’agit de contrecarrer la logique du legs spatial de l’apartheid: le rugby scolaire doit, par exemple, agir sur d’autres mobilités que celles développées par un passé sportif ségrégué et divisé, afin de promouvoir la mixité raciale et sociale par la pratique rugbystique entre différentes écoles lors des déplacements. En d’autres termes, le rugby scolaire doit chercher de nouvelles spatialités et construire une nouvelle géographie, un «nouvel ordre territorial» (Guyot, 2006).

7. Identification des primary schools selon leur division dans l’agglomération du Cap

La Western Province Rugby Football Union répartit chaque primary school dans une poule organisée selon un critère de proximité (fig. 7). Une telle politique serait justifiée, selon les dirigeants, par les inégalités dans la ville du Cap où les mobilités des riches et celles des pauvres sont largement calquées sur les groupes de population créés par l’apartheid. Selon les données 2003 de la National Household Travey Survey, 94% des Blancs du Cap sont classés dans la catégorie «mobile» [7] contre 53% des Coloured et 15% des Noirs (Wilkinson, 2008). Un championnat de proximité répondrait donc à l’incapacité financière et logistique des écoles coloured et noires de transporter joueurs et entraîneurs. Toutefois, l’argument ne résiste pas à l’analyse, et le manque de cohérence spatiale dans la constitution des poules réfute le bien-fondé d’une telle politique, comme en attestent les deux exemples suivants:

La WPRFU, dont le prestige et l’ancienneté garantissent une grande indépendance vis-à-vis des organismes étatiques, choisit donc de maintenir les relations sportives dans les cadres raciaux de l’apartheid: dans ses poules, les écoles noires jouent contre les écoles noires, les coloured contre les coloured, et les blanches contre les blanches. En conséquence, la structure même du championnat des primary schools renouvelle les inégalités et la ségrégation résidentielle héritées de l’apartheid.

Des territoires sportifs au cœur des processus urbains de ségrégation et déségrégation

Plus que de susciter de nombreuses mobilités hebdomadaires, le rugby scolaire, par les ressources symboliques et matérielles que sa pratique mobilise en inscrivant les trajectoires individuelles au sein d’un collectif social (l’équipe, l’établissement, la famille, la communauté), territorialise fortement les populations concernées. Le championnat des high schools, où les poules sont définies selon le nombre d’équipes que possède l’établissement scolaire, le démontre clairement. L’analyse corrélée des frais de scolarité, du nombre d’équipes, de la division d’attribution de championnat et de la qualité des infrastructures révèle ainsi l’existence de territoires sportifs où les identités sociales et raciales, le rugby et l’éducation sont indissociables, et dont les spatialités interrogent les lieux et les modalités du vivre-ensemble dans une ville post-apartheid.

8. Les trois premières divisions des high schools dans l’agglomération du Cap: localisation des écoles 9. Moyennes des frais d'inscription annuels selon les divisions des high schools dans l’agglomération du Cap (en 2010)

Les riches quartiers sud: les grandes écoles rugbystiques du Cap

10. Le rugby scolaire comme liturgie: chants et drapeaux de Paarl Boy's High School. Stade de Newlands, Le Cap
Cliché: J. Migozzi, mars 2010
11. Le terrain de l’équipe première à Bishops: un espace sacré dans un campus exceptionnel. Rondebosch, Le Cap
Cliché: J. Migozzi, juin 2010

Pour être inscrit dans la division d’élite «Premier A», l’établissement doit aligner douze équipes à chaque journée de compétition; il doit organiser le transport et assurer l’encadrement quotidien sur ses propres infrastructures. Seuls quatre établissements [8] répondent à ces critères. Situés dans les riches quartiers des Southern Suburbs (fig. 8), ils jouissent d’un immense prestige tant par la qualité de la formation académique que par la pratique du rugby. Les frais de scolarité annuels de ces établissements introduisent une forte sélection sociale et raciale qui perpétue l’accueil d’une population capétonienne privilégiée (fig. 9). Forts de traditions séculaires où le rugby s’apparente à une liturgie (fig. 10), ces établissements disposent d’infrastructures exceptionnelles implantées dans de vastes et luxueux campus. Bishops possède ainsi neuf terrains de rugby, des salles de musculation et des piscines, pour 26 équipes de rugby qui disposent chacune de deux entraîneurs.

Le samedi, un public nombreux (souvent plus de 4 000 personnes), riche et majoritairement blanc, suit les rencontres qui se succèdent selon la hiérarchie des équipes et se concluent invariablement par l’affrontement des deux premières équipes sur le terrain principal de l’établissement, dont l’interdiction au profane est scrupuleusement respectée (fig. 11). Ces territoires sportifs, issus des décennies de politique budgétaire scolaire inégale, concourent à la polarisation sociale de la population capétonienne selon des critères élitistes. Ils semblent imperméables à tout changement. Une employée du Department of Cultural Affairs and Sport (DCAS), service du gouvernement provincial créé après 1994 pour promouvoir le sport et en réduire les inégalités, avoue l’incapacité de l’État à influencer ces réseaux sociaux: «Those schools are advantaged, they have money, resources, tracking fields. They remain in their world, in their comfortable zones. They have their own competition, they don’t want to hear about change» [9]. Le rugby scolaire contribue ici au maintien d’un système scolaire inégal: le grand prestige de ces établissements leur offre une forte couverture médiatique et facilite l’obtention de parrainages lucratifs qui servent à maintenir l’excellence académique et sportive.

Néanmoins, ces territoires évoluent au sein de l’espace urbain du Cap. D’abord, le professionnalisme sportif insère ces écoles et ces populations dans des logiques économiques et spatiales qui dépassent largement l’échelle du quartier, avec des sponsors et une couverture médiatique d’envergure nationale. Ensuite, si la ségrégation sociale augmente, la ségrégation raciale recule. La composition du public et des équipes atteste de l’avènement d’une élite noire et coloured et de l’intérêt porté par ces établissements aux écoles des quartiers défavorisés: ils y recrutent des joueurs noirs et coloured prometteurs en attribuant des bourses d’études, permettant ainsi à ces territoires sportifs d’accueillir de discrètes mais essentielles mobilités sociales ascendantes [10].

Les Northern Suburbs: des écoles de second rang pour des communautés fermées?

De nombreuses high schools du Cap alignent chaque week-end entre 7 et 12 équipes de rugby, ce qui les classe dans les 2e et 3e divisions locales, respectivement nommées «Premier B» et «A1» (fig. 8). Si les frais de scolarité sont moins élevés, leur situation dans des quartiers riches du Cap assure un recrutement social également élitiste. Les infrastructures y sont plus modestes (3 terrains en général), la renommée moindre. Pourtant, ces établissements se présentent comme le cœur du rugby au Cap. C’est leur inscription dans un environnement de proximité qui explique l’importance du rugby scolaire. Cette très forte territorialisation se décline selon trois aspects:

12. Panneaux de sponsors locaux à Durbanville High School. Durbanville, Le Cap
Cliché: J. Migozzi, mai 2010

Comment ces territoires sportifs s’articulent-ils avec le reste de l’agglomération? La valeur symbolique que revêt le rugby scolaire dans ces établissements contribue en fait à maintenir la hiérarchie du système scolaire hérité de l’apartheid, d’autant que «la politique éducative sud-africaine inscrit l’école dans une logique [...], dont l’excès de localisme favorise davantage la promotion des intérêts particuliers qu’il n’encourage une démarche citoyenne» (Bamberg, 2003). Il semble en effet que le rugby scolaire des Northern Suburbs renforce les pratiques socio-spatiales de l’entre-soi dans les territoires du quotidien. Le rugby scolaire accompagne le développement de communautés fermées dans le nord et nord-est de l’agglomération (Morange, Vivet, 2006). A. Grunglingh, professeur d’histoire à l’Université de Stellenbosch, parle ainsi d’un «disproportionate interest for which is just a game. Rugby tends to dominate the Afrikaner community, and especially it schools because of tradition and the importance of school rugby in our country» [12]. Cette passion pour le rugby, renouvelée par le changement de pouvoir au profit de la majorité noire du pays, devient un rempart derrière lequel préserver son identité: «Rugby is becoming more important within the Afrikaner community. This is the last laager, or castle, that remains. So people, like parents, teachers are showing an enthusiastic participation: now cultural politics is where to spend your energy, because politics is finished» [13]. Dans ces quartiers où la ségrégation raciale et sociale est en augmentation (Houssay-Holzschuch, 2010), le rugby concourt à la ségrégation, à la fois dans ses formes — championnat scolaire et établissements ségrégués — et dans ses processus — mobilités et interactions limitées aux populations de même horizon racial et social (Grafmeyer, Authier, 2008). L’affrontement avec l’État, lorsqu’il tente d’impulser dans ces territoires une nouvelle politique sportive, est alors ouvert: «The DCAS ? They are sending a lot of email, organizing meeting, talking all the time. They want to be the umbrella for sport in South Africa. But rugby is too strong, they won’t take it», déclare le directeur des sports à Durbanville High School [14].

Le «rugby des pauvres»: entre marginalisation et intégration ambiguë

13. Les 3 dernières divisions des high schools dans l’agglomération du Cap: localisation des écoles

Les divisions A2, A3 et A4, qui nécessitent respectivement 6, 4 et 3 équipes, sont bien plus diffusées sur l’ensemble de l’agglomération et comptent un grand nombre d’établissements situés dans les quartiers pauvres coloured et les anciens townships noirs (fig. 13). Moins la division est sélective, plus les high schools se concentrent dans la plaine des Cape Flats où vit la majorité de la population capétonienne dotée de très faibles revenus. Les frais d’inscriptions diminuent également. Ces territoires sportifs ne présentent pas la même unité que les précédents, ils sont plus hétérogènes, les profils des établissements plus variés. Certaines high schools des quartiers pauvres parviennent à être compétitives et se hissent en division A2. C’est notamment le cas dans les communautés coloured des Northern Suburbs, où la passion pour le rugby est forte: «Rugby is the main game for our school. People that stayed around the corner, around the school, are rugby people. We have a lack of facility, we have no money, we are struggling, but we overcome. Our players’ commitment is a high-standard one», souligne le responsable de la section Rugby, à Kasselvlei [15]. À Macassar, quartier coloured enclavé, la rencontre entre les deux lycées locaux rassemble plus de 2000 personnes. Néanmoins, le profil rugbystique de ces établissements est fortement corrélé avec les caractéristiques socio-économiques des quartiers. En ce sens, le rugby scolaire est ici aussi fortement territorialisé: la pratique et l’organisation du sport scolaire sont pénalisées par le système de pauvreté généralisé tandis que la composition de l’équipe est ici le strict reflet de quartiers où ségrégation raciale et ségrégation sociale se renforcent. L’entretien des rares infrastructures est sporadique, le sol sableux des Cape Flats, exposés aux vents n’offre qu’une pelouse rare et brûlée, l’équipement est minimal et l’encadrement faible. Des classes en sureffectifs rendent difficiles la planification et la supervision pour l’unique enseignant en charge du rugby qui ne peut compter sur un soutien parental. Les entraînements y sont irréguliers, la pratique du rugby moins attractive, la communication entre établissements est défaillante. Interrogé, l’entraîneur de Fairmount High School à Grassy Park (quartier pauvre métis) ignorait le nombre exact de ses joueurs et si le prochain entraînement aurait bien lieu.

Le rugby scolaire inscrit-il ces établissements dans d’autres horizons socio-spatiaux que leurs quartiers de localisation, se faisant ainsi zone de contact dans une métropole fragmentée? Il participe dans cette perspective de l’ambiguïté inhérente aux processus de ségrégation et de déségrégation au Cap. Le rugby scolaire provoque des interactions entre les communautés blanches, coloured et noires: la présence d’établissements localisés dans des quartiers à hauts revenus au sein de ces divisions A2, A3, A4 révèle, outre des contrastes culturels (toutes les écoles ne vouent pas la même passion au rugby), une hétérogénéité sociale, spatiale et raciale nettement plus prononcée. Mais à la ségrégation structurelle se combinent des blocages mentaux: «I don’t want to go and play in Khayelitsha. They don’t have a proper rugby field. Parents can have their car broken, and it’s not always safe. I have 7 rugby teams to fixture. Who is gonna play against my 7 rugby teams if they just have one or two ? When we have a away game fixtured in those kinds of place, I prefer to cancel the game and look for another opponent among the schools which I know are free at the same time. Or we can also pay the transport for the school, to make this away game an home game for us, and avoid the inconveniences», explique le responsable de l’organisation des sports à Jan van Riebeeck Primary School, école du centre-ville de langue afrikaner [16]. Si en réalité le calendrier arrêté par la WPRFU n’autorise que de très rares rencontres entre établissements de divers horizons [17], le rugby scolaire se transforme parfois en «zone de contact» entre «deux villes» (Houssay-Holzschuch, 2010), sans pour autant que l’on puisse parler de déségrégation spatiale. Les matchs et les entraînements s’offrent comme d’ambigus espaces et temporalités de la diversité (fig. 14 et 15).

14. Le rugby scolaire: coprésence et interaction physique entre les communautés du Cap. Kuilsriver, Le Cap 15. Le rugby comme espace de coprésence
Cliché: J. Migozzi. avril 2010 Des écoliers noirs chantent et dansent (à g.), des familles afrikaner et coloured attendent le début de la rencontre (à dr.)

Ainsi, en 2010, la division Premier B a, pour la première fois de son histoire, accueilli un club coloured grâce aux efforts joints des clubs métis de Silvertree et des Rangers. En s’associant, ils ont constitué un nombre d’équipes suffisant pour être autorisés à s’inscrire à ce niveau de la compétition. Aucune rencontre n’a néanmoins eu lieu sur leurs terrains localisés dans les quartiers pauvres coloured des Southern Suburbs: les autres établissements ont toujours reçu plutôt que déplacé leurs équipes. En écho à l’émergence de lieux mixtes et déségrégués dans les espaces anciennement réservés aux Blancs, tel le quartier du Waterfront au Cap (Houssay-Holzschuch, Teppo, 2009), les rencontres entre rugby des riches et rugby des pauvres ont lieu dans le territoire «blanc» et selon les normes «blanches» et non dans les lieux appréhendés comme lieux de pauvreté, de chômage et de violence. La déségrégation est temporaire, contrôlée: pendant que certains pères afrikaners enregistrent le match de leurs enfants, ou vocifèrent en afrikaans pour les encourager à courir plus vite et plaquer plus fort, quelques adultes xhosa du township de Khayelitsha entament sur les bords du terrain voisin une courte danse chantée lorsque leurs enfants viennent de marquer leur premier essai après en avoir encaissé 8 en moins de 5 minutes contre la puissante Durbanville Preparatory School. On parlera donc plutôt d’une coprésence complexe et paradoxale: éphémère, elle dure le temps de la rencontre puis s’évanouit; timide, par les faibles interactions entre spectateurs; intense, par la proximité physique maximale du terrain de rugby, espace de chocs, d’affrontements; symbolique, car la dimension culturelle y est essentielle; politique, car elle est bien porteuse en filigrane de nouvelles pratiques citadines du vivre-ensemble au Cap.

Conclusion

Choix politique, héritages culturels, conservatisme et blocages expliquent l’organisation et les spatialités du rugby scolaire, qui échoue structurellement à promouvoir un championnat de mixité ethnique et sociale dans un système urbain post-apartheid. Les identités et les valeurs culturelles, les différences de niveau entre établissements, fortement liées aux inégalités de la ville, donnent prétexte au maintien d’une organisation du rugby scolaire ségréguée et inégalitaire. Pour autant, les interactions provoquées par le rugby scolaire entre écoles de quartiers pauvres et de quartiers riches sont significatives face à la pesanteur structurelle héritée de l’apartheid. Elles sont néanmoins limitées, freinées par les inégalités socio-spatiales de la société capétonienne. En ce sens, le rugby scolaire refait la ville post-apartheid: pratiqué et organisé au sein du système scolaire, il est une précieuse clé de lecture de l’opposition entre paysages de la richesse et paysages de la pauvreté (Gervais-Lambony, 1994). Son poids culturel et politique nourrit l’ambiguïté et l’ambivalence des dynamiques à l’œuvre dans l’espace urbain du Cap, où se discernent, à l’image de ces jeunes joueurs coloured et noirs accueillis par ces prestigieuses écoles anciennement réservées aux Blancs, de nouvelles trajectoires individuelles et collectives. Malgré l’inertie de son système, le rugby scolaire aménage donc des zones d’entre-deux, où se rencontrent des individus et des collectifs, autrefois séparés et dont la coexistence est aujourd’hui parfois confrontée à un repli communautaire par le fort regain des questions raciales en Afrique du Sud (Perrot et al., 2009). L’analyse du rugby scolaire permet donc d’identifier l’émergence de moments partagés, des «bulles de coprésence» (Houssay-Holzschuch, 2010), et de mixité, qui mettent en question les nouvelles spatialités de la citoyenneté sud-africaine.

Bibliographie

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Autre référence

EASTWOOD C. (2009). Invictus. Film de 135 mn.

L'utilisation de termes raciaux (Noirs, Blancs, Coloured ou métis, Indiens ) est un sujet sensible en Afrique du Sud. Si cette classification de la société selon des critères raciaux ne peut qu'être condamnée, les chercheurs continuent néanmoins d'employer ces catégories car elles s'inscrivent dans une forte réalité politique et sociale, décisive pour la construction des identités et la compréhension de la société sud-africaine.
Le système éducatif sud-africain se décline comme suit: le pré-primaire, le primaire, le secondaire et l'université. De 6 à 13 ans, les élèves sont accueillis à la primary school, puis dans une high school jusqu'à l'obtention du matric, l'équivalent du baccalauréat. L'école est obligatoire jusqu'à 15 ans.
«agencement de ressources matérielles et symboliques capable de structurer les conditions pratiques de l'existence d'un individu ou d'un collectif social et d'informer en retour cet individu et ce collectif sur sa propre identité» (Lévy, Lussault, 2003).
Créé en 1918, le Broederbond, organisation secrète ou du moins confidentielle, recrutant parmi les élites — masculines et blanches — sociales, économiques et politiques du pays, avait pour but, par son réseau et ses moyens de pression, de contribuer à l'avènement d'une nation afrikaner, de défendre et promouvoir les intérêts de leur communauté. Elle était fortement liée au parti dominant, le National Party.
Le Household Subsistence Level est la mesure du revenu monétaire nécessaire pour se procurer les biens et les services constitutifs d'un niveau de vie minimal (alimentation, logement, habillement, transport et santé).
«Le rugby est tout simplement essentiel pour les Northen Suburbs.» (entretien du 27/05/2010 avec M. Van Schalwyk, entraîneur de rugby de Gene Louw Primary School).
Définie par la National Household Travey Survey, cette catégorie correspond aux automobilistes et passagers gagnant plus de 6 000 rands par mois.
Bishops Diocesan College, Diocesan College ou Bishops, South African College Schools (SACS), Rondebosch Boys' High School et Wynberg Boys' High School.
«Ces écoles sont privilégiées, elles ont de l'argent, des ressources, des terrains d'entraînement. Elles restent dans leur monde, dans leur confort. Elles ont leur propre compétition, et ne veulent rien savoir si on leur parle de changement.» (entretien du 23/04/2010).
Système de recrutement qui présente de fortes similarités avec le modèle du sport nord-américain.
«Les Northern Suburbs sont une mine d'or de jeunes. 90% d'entre eux jouent au rugby ici, il y a une grande culture afrikaner. On joue au rugby et c'est comme ça qu'on est élevé.» (entretien du 25/05/2010).
«un intérêt disproportionné pour ce qui n'est qu'un jeu. Le rugby a tendance à être dominant dans la communauté afrikaner, et particulièrement dans ses écoles, à cause de la tradition et de l'importance du rugby scolaire dans notre pays.» (entretien du 27/05/2010).
«Le rugby devient de plus en plus important pour la communauté afrikaner. C'est le laager, le dernier bastion qui leur reste. Donc tout le monde s'implique avec enthousiasme, les parents, les professeurs. Maintenant l'engagement c'est dans ce genre de domaine parce que l'engagement politique c'est fini.» (entretien du 19/04/2010).
«DCAS? Ils envoient beaucoup de mails, organisent des réunions, parlent tout le temps. Ils veulent chapeauter tout le sport en Afrique du Sud. Mais le rugby est trop fort, ils ne l'auront pas. » (entretien du 25/05/2010).
«Le rugby est le sport principal de notre école. Les gens qui sont proches de l'école, qui s'engagent pour elle, ont la culture rugby. On manque d'équipement, d'argent, on a des problèmes mais on s'en sort quand même. L'engagement de nos joueurs est exceptionnel.» (entretien du 19/04/2010).
«Je ne veux pas aller jouer à Khayelitsha [le principal township noir du Cap]. Ils n'ont pas de terrain de rugby correct. Les parents peuvent se faire casser leur voiture, cet endroit n'est pas toujours sûr. J'ai 7 équipes de rugby à faire tourner. Qui va jouer contre mes 7 équipes alors qu'ils en ont juste une ou deux? Quand nous avons un match à l'extérieur programmé dans ce genre d'endroit, je préfère annuler et chercher un autre adversaire parmi les écoles dont je sais qu'elles ont des disponibilités au même moment. On a aussi la possibilité de payer le transport pour l'autre école, pour faire ce match à domicile et éviter les problèmes». (entretien du 5/05/2010).
«Fixtures List 2010», document édité par la Western Province High Schools Rugby Association.