N°109

La mondialisation des activités halieutiques: brève analyse géohistorique

«Plus le diagnostic que l’on dresse à propos de la pêche tend à se mondialiser [...], plus il semble nécessaire de comprendre les emboîtements des échelles de temps et d’espaces, portés à la fois par l’histoire naturelle des écosystèmes marins mais aussi [et surtout] par celle des sociétés au travers des relations qu’elles entretiennent avec ces écosystèmes» (Rey et al., 1997). Cet appel à interpréter la pêche, activité de capture de ressources vivantes et sauvages aux dépens du milieu aquatique (ibid.), dans une perspective diachronique et sociétale est d’autant plus pertinent que la pêche mondialisée contemporaine n’est pas apparue d’un coup. Sa mondialisation a été progressive et elle est, en effet, l’aboutissement de longues évolutions qui se caractérisent par autant de traductions halieutiques, d’adaptations sociétales, techniques et économiques au milieu marin (Besançon, 1965).

Le «tourbillon de croissances de toute nature» que connaît le monde depuis plusieurs décennies dans un contexte de mondialisation grandissant (Dollfus, 2001) s’observe évidemment aussi pour les activités de pêche. Ces activités très anciennes et largement ubiquistes [1] (Besançon, 1965) ont connu de profondes mutations, en particulier au cours des deux derniers siècles. Ces transformations — encore assez méconnues par rapport à celles de l’agriculture — méritent d’être analysées tant elles ont contribué à une véritable «révolution industrielle» de ce secteur et bouleversé, sur le plan géographique, l’ensemble de la filière (Chaussade, Corlay, 1990).

La connaissance des formes spatiales d’organisation de la pêche antérieures à la période contemporaine apparaît nécessaire pour comprendre la phase de mondialisation que nous vivons depuis trente ans (Noël, 2013). En étudiant sur la longue durée la construction des espaces halieutiques, nous souhaitons comprendre comment, dans une perspective géohistorique, «des logiques méta-spatiales deviennent au fil du temps de plus en plus consistantes pour faire émerger un niveau spatial mondialisé» (Grataloup, 2007). Nous entendons aussi mettre en évidence les accélérations et les ruptures passées, ainsi que les stratégies d’adaptation des sociétés qui exploitent ces écosystèmes marins et littoraux. Pour comprendre comment les activités halieutiques acquièrent progressivement un caractère mondial, nous combinons ici certains travaux de la métagéographie qui abordent de manière systémique les dynamiques du fonctionnement du monde en général (Durand et al., 1992; Beaud et al., 1999; Dollfus, 1994, 2001; Grataloup, 2007) avec ceux de la géographie halieutique qui analysent l’organisation spatiale de ces activités à différents niveaux d’échelles (Doumenge, 1965, 1975; Carré, 1980; Chaussade, Corlay, 1990).

L’objectif de notre approche de la pêche consiste donc à saisir son extension progressive à l’ensemble de la planète, ainsi que l’accentuation et l’intensification de toute une gamme d’interactions et d’interdépendances sur l’ensemble des mers et des océans (Noël, 2011). Pour cela, nous analysons, dans un premier temps, l’émergence, à partir du Moyen-Âge et jusqu’au XIXe siècle, de deux économies-monde, européenne et japonaise. Dans un second temps, nous étudions comment, au cours des deux derniers siècles, la filière pêche élargit ses horizons sous l’effet de l’agrégation de ces économies-monde «régionalisées», pour déboucher, à l’orée des années 1980, sur un véritable espace-monde halieutique.

La planétarisation progressive des activités halieutiques

À l’origine, c’est dans une sorte d’archipel, fait d’une multitude d’îlots isolés et culturellement distincts, que des sociétés littorales subsistent d’activités halieutiques et aquacoles vivrières (Durand et al., 1992). La lente mise en relation de cet ensemble de mondes — par les découvertes et les conquêtes coloniales, par les migrations et les échanges de denrées, etc. — aboutit à une organisation spatiale structurée et articulée autour de deux civilisations maritimes européenne et japonaise (Doumenge, 1965). Si chacune de ces économies-monde halieutiques vit à sa propre échelle (spatiale et temporelle), leur ensemble participe néanmoins à un processus de diffusion spatiale qui s’étend à l’échelle des mers et des océans, sans pour autant qu’il y ait d’interrelations entre ces deux civilisations (Grataloup, 2007).

Une configuration de lieux productifs vivriers: l’ubiquité halieutique

De l’époque préhistorique aux débuts de l’époque médiévale, la pêche demeure une activité domestique de prédation et de subsistance «partout présente le long des rivages et des berges de toutes les régions un tant soit peu peuplées de la Terre» (Besançon, 1965). De nombreuses économies de subsistance mises en place par de petites communautés littorales de chasseurs-cueilleurs sont ainsi fondées sur l’exploitation des ressources aquatiques, des côtes scandinaves aux bordures méditerranéennes, des rives des mers intérieures d’Eurasie jusqu’aux confins russes, en passant par les rivages continentaux américains (Canada, Brésil) et asiatiques (Chine, Thaïlande). Pendant très longtemps, ces prélèvements s’exercent de façon rudimentaire, extensive et peu efficace, dans des viviers en milieu dulçaquicole (lacs, rivières, étangs, etc.) ou sur une petite frange littorale (estuaires, zones lagunaires…) en raison notamment du manque de fiabilité des embarcations et des moyens de conservations des produits (Carré, 1998).

La pêche et le commerce de ses produits (harengs et morues notamment) changent de nature au Moyen-Âge, au fur et à mesure de l’émergence de puissances maritimes conquérantes, en particulier en Europe de l’Ouest. Ces activités quittent progressivement le stade d’un précapitalisme médiéval et se transforment en activités mercantiles (Besançon, 1965; Braudel, 1979). Toutefois, bien peu de civilisations peuvent se prétendre «maritimes»; selon François Doumenge (1965), de nombreux groupes humains qui exploitent «les richesses littorales [n’ayant] pu pousser plus loin leur évolution». Ce géographe identifie deux «civilisations de la mer» significatives, japonaise et européenne, qui chacune dans leur contexte modèlent des espaces de production et de consommation plurinationaux au sein d’un réseau d’échanges régionalisé. Ces civilisations dynamiques participent ainsi au cours de l’époque médiévale à l’élaboration «d’économies-monde» halieutiques au sens de Fernand Braudel (1979). Schématiquement, les centres autonomes et hégémoniques européens ou japonais organisent de manière hiérarchique une portion de l’espace maritime planétaire à leur profit, intégrant des périphéries d’exploitation et des marges de commercialisation plus ou moins lointaines, tout en contribuant au grand désenclavement planétaire du secteur (Noël, 2011).

L’émergence d’une double économie-monde halieutique européenne

La première économie-monde identifiée par François Doumenge s’étend sur une vaste partie de la façade ouest du continent européen, du Nord de la Scandinavie au pourtour méditerranéen (fig. 1). Cette économie-monde européenne se présente sous la forme d’un système spatial dual, qui repose en fait sur deux sous-ensembles relativement distincts, tant par les espèces ciblées que les zones de pêche fréquentées.

1. La double économie-monde halieutique de l’Europe médiévale

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Au nord du continent européen, la dynamique activité de pêche des peuples scandinaves (norvégien, danois, suédois) et anglo-saxon (anglais, hollandais, allemands) repose essentiellement sur la capture et le commerce de poissons pour la salaison. La grande pêche au hareng fait partie intégrante de «l’histoire et de la culture des peuples de la mer du Nord», selon Gérard Le Bouëdec (1997). «Grande affaire du monde médiéval, [...] pilier du grand commerce européen» (Braudel, 1979), cette pêche suscite la construction des premiers ports ainsi que la croissance urbaine de l’Europe du Nord, et favorise l’émergence d’une bourgeoisie marchande regroupée au sein de la Ligue hanséatique. Durant les XVe et XVIe siècles, les efforts capitalistiques déployés s’intensifient tandis que les profits commerciaux sont investis dans des expéditions lointaines en quête de nouvelles zones de pêche. L’activité harenguière se déplace ainsi de la Baltique et des détroits danois vers les eaux tempérées froides du nord et de l’ouest (parages du Spitzberg, de l’Islande) ainsi que sur l’ensemble de la mer du Nord (Besançon, 1965).

Des rives de l’Atlantique à la Méditerranée, l’activité de pêche du sud-ouest de l’Europe repose, quant à elle, sur les captures abondantes de poissons bleus (sardines et thons) qui permettent aux nombreux peuples côtiers de ces rivages «d’y modeler des traditions et des genres de vie millénaires» (Doumenge, 1965). Au cours du bas Moyen-Âge, la pêche à la sardine donne ainsi naissance à une proto-industrie qui s’insère peu à peu dans un système capitaliste à dominante marchande (Le Bouëdec, 1997). Fondée en grande partie sur le commerce (spéculatif) de la rogue — l’appât privilégié de ce type de pêche en provenance des centres de négoce scandinaves — l’activité se développe en premier lieu grâce à de riches négociants-fabricants également maîtres des presses à sardines. Ces derniers organisent l’ensemble de la filière, de la capture de ce petit poisson migrateur à son expédition vers les principaux foyers de consommation sud-européens, en passant par sa mise en saumure et/ou l’extraction de son huile (Le Bouëdec, 1997). De son côté, l’exploitation thonière figure comme l’une des activités les plus dynamiques de ce foyer sud-européen. Aux thons blancs (germon) de l’Atlantique, capturés principalement à la ligne à proximité des côtes du golfe de Gascogne, s’ajoutent les thons rouges de la Méditerranée pêchés au moyen d’énormes filets (les «madragues»). Ces deux pêches saisonnières conservent toutefois pour l’époque un caractère assez marginal et localisé, au regard notamment des grandes pêches lointaines harenguières et morutières qui se développent de plus en plus au sein de ces deux foyers maritimes européens (Besançon, 1965).

En même temps que les «Grandes Découvertes», l’une des nouveautés de la Renaissance est la mise en place des expéditions lointaines de pêche à la morue, permise par les progrès des techniques de navigation, et provoquée par l’appauvrissement des eaux littorales européennes ainsi que le relatif essor démographique du vieux continent (Besançon, 1965). L’appétit mercantile que suscite le hareng, mais surtout les fortes rivalités pour l’accès au «gisement» de la mer du Nord, font que plusieurs milliers de pêcheurs du nord-ouest européen se lancent dans l’aventure de la pêche sur les bancs de Terre-Neuve. L’industrie morutière qui se met alors en place engendre de puissants flux commerciaux à travers tout le vieux continent. Massivement consommée dans les régions riveraines des lieux de production (Norvège, Grande-Bretagne, Hollande, France, Terre-Neuve), la morue est appréciée sous diverses formes (fraîche, salée en vert, séchée, etc.) par de nombreux peuples méditerranéens.

Cependant, la pêche industrielle aux cétacés (baleine, rorqual, cachalot) débute au XIIe siècle sous l’impulsion des Basques français et espagnols qui cabotent l’hiver au sud du golfe de Gascogne. Progressivement, ces marins font face à une rude concurrence anglo-saxonne, en particulier lorsqu’ils suivent les migrations estivales des cétacés à l’intérieur des «Indes arctiques» (Scandinavie). La «tourmente spéculative» qui encourage ce type de chasse au cours du XIXe siècle modifie en profondeur la géographie baleinière et fait ainsi basculer les grandes zones de pêche vers les nouveaux gisements de Nouvelle-Angleterre avant de s’ancrer dans les mers australes brésiliennes, patagoniennes ou australiennes (Besançon, 1965).

L’émergence de l’économie-monde halieutique japonaise

2. L’économie-monde halieutique du Japon médiéval

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À la même époque, l’archipel nippon, abrite une civilisation résolument tournée vers la mer, bien plus que les autres communautés littorales asiatiques (Doumenge, 1965). Le pays bénéficie en premier lieu d’un environnement géographique très intéressant pour la pêche. La configuration insulaire du territoire nippon (près de 4000 îles, quelque 27 000 km de côtes, des failles sous-marines…) conjuguée à la convergence de courants océaniques chauds et froids expliquent la richesse exceptionnelle des eaux littorales et le développement précoce de la pêche hauturière sur cette façade maritime (ibid.). Par ailleurs, héritier des traditions anciennes de la vie côtière, un véritable genre de vie halieutique débute dans l’archipel dès le Moyen-Âge. Ce genre de vie repose sur le développement du «Koduri», système halieutique artisanal, fondé sur une infinité de petits métiers et organisé autour de multiples techniques (lignes, filets maillants, sennes de plage…) pour la capture d’un très grand nombre d’espèces (thons, sardinelles, anchois, calmars, etc.). La richesse et l’ingéniosité des techniques élaborées en vue d’une meilleure adaptation aux exigences du milieu marin (morphologie littorale et sous-marine, biologie des espèces) se perfectionnent encore grâce à l’adoption de nouvelles techniques et débouchent, par effet de convergence, sur des genres de pêche très voisins de ceux de la façade ouest-européenne (Doumenge, 1975).

Toutefois, en raison de son caractère social relativement marginal, le monde halieutique japonais évolue pendant longtemps en vase clos, l’industrialisation des pêches maritimes ne débutant que vers la fin du XVIIIe siècle (fig. 2). L’impossibilité d’utiliser des embarcations permettant de s’aventurer au large empêche cette civilisation littorale de s’épanouir en utilisant pleinement ses potentialités, alors qu’à la même période de nombreux peuples européens étendent leur emprise océanique vers des pêches (et des chasses) maritimes de plus en plus lointaines (ibid.).

Si «la planétarisation des activités maritimes devient une réalité à la fin du XVIIIe siècle» (Le Bouëdec, 1997), celle-ci reste majoritairement due à l’expansion des grandes pêches lointaines qui gagnent l’ensemble des mers et des océans. Grâce aux techniques de conservation salicole, les captures de poissons hauturiers (hareng de la Baltique, morue de Terre-Neuve) s’industrialisent massivement à cette époque et créent un commerce international actif. Toutefois, «le développement de ces pêches, si important qu’il fût, [demeure] à la mesure des moyens limités des sociétés préindustrielles» (Chaussade, Corlay, 1990). Ce n’est réellement qu’avec les «révolutions» techniques et technologiques qui naissent au sein des deux grandes civilisations maritimes, puis avec leur diffusion, que le secteur halieutique entame son «décloisonnement» à l’échelle mondiale.

Mondialisation et mise à l’échelle du monde des activités de pêche

Au cours du XIXe siècle, le secteur halieutique connaît dans son ensemble de profondes «révolutions» qui permettent, en premier lieu, aux économies-monde européenne puis japonaise, de poursuivre leur industrialisation et leur stratégie expansionniste. En effet, auparavant limitées à des échelons «régionaux» inférieurs, les activités halieutiques poursuivent leur mondialisation dans un espace d’échelle planétaire (Carroué, 2006).

Quand l’halieutique fait ses «révolutions»

Au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, les activités de pêches connaissent des transformations majeures qui participent à «l’industrialisation de l’océan mondial» (Smith, 2000). Ainsi, les progrès technologiques et techniques des révolutions agricoles et industrielles — et les innovations qui en découlent — se propagent au domaine halieutique à partir des années 1880, au travers de deux «révolutions» ancrées au cœur des deux économies-monde mentionnées précédemment. Les profonds changements qui en résultent touchent l’ensemble de la filière, aussi bien les techniques de production en amont que la commercialisation du poisson en aval (Chaussade, Corlay, 1990). On peut identifier deux grandes phases de révolution technologique et technique: les années 1880-1930 puis la période 1950-1980.

Les années 1880-1930 sont caractérisées par une amélioration des moyens de captures, des engins de pêche et des méthodes de conservation. Le chalut, les navires en acier, la propulsion à vapeur puis la motorisation sont autant de mutations techniques qui permettent un allongement de la durée des campagnes ainsi qu’un accroissement spectaculaire des captures à l’échelle mondiale (5 Mt en 1900, 15 Mt en 1940). D’autres avancées technologiques bouleversent les pratiques du secteur en aval de la filière. Si «la double révolution de la glace et de la voie ferrée» permet un acheminement plus facile et plus rapide des prises vers les grands foyers de consommation (Besançon, 1965), c’est surtout l’appertisation — nouveau procédé de transformation et de stérilisation — qui, accompagnée du développement de l’industrie de la conserve, inaugure une nouvelle «vague capitaliste de grande industrialisation du secteur», en particulier dans l’exploitation des poissons pélagiques (sardines, thons…) (Carré, 1998).

Ainsi, en l’espace d’environ un siècle, les moyens mis en œuvre pour exploiter les fonds marins deviennent considérables compte tenu des évolutions rapides, saccadées mais irréversibles qui touchent l’ensemble de la filière, donnant ainsi aux pêches européennes et japonaises «l’instrument de leur pleine industrialisation» (Doumenge, 1965).

Consolidation et expansionnisme des économies-monde halieutiques

À la suite de l’industrialisation intense du secteur et de l’expansionnisme géographique qui en résulte, la mondialisation halieutique demeure aux yeux de Jacques Besançon (1965) «un produit de la civilisation mercantiliste et mécaniste engendrée par l’Europe [tant] l’exploitation de l’hydrosphère y a subi une évolution parallèle aux progrès de cette civilisation. Sa supériorité est devenue telle à la fin du XIXe siècle que la mise en valeur des eaux de la Terre entière a failli devenir son monopole». Ainsi, à la suite de la diffusion des effets des révolutions sectorielles, conjuguée aux premiers signes de la surexploitation de certaines espèces phares (harengs, morues, cétacés, sardines), plusieurs milliers de pêcheurs européens investissent des zones de plus en plus éloignées de leurs bases portuaires d’origine (fig. 3).

3. L’expansion spatiale des économie-monde halieutique européenne et japonaise au XIXe siècle

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Tout au long du XIXe siècle, les Britanniques déploient une puissante industrie halieutique basée sur une pêche harenguière côtière ainsi que sur un chalutage hauturier étendu à l’ensemble de l’Atlantique Nord. Mais ce sont surtout les rivages nord-américains qui font l’objet de vagues successives d’exploitation de la part du vieux continent, en particulier de la part des Scandinaves et des Anglo-Saxons qui s’orientent vers les espèces froides de la façade orientale (morues de Terre-Neuve, homards de Nouvelle-Angleterre) avant de se tourner vers la façade Pacifique pour y exploiter le hareng et le saumon d’Alaska ou de l’Oregon (Chaussade, Corlay, 1990).

De leur côté, les pêcheurs sud-européens (français, espagnols, portugais) essaiment dans tout le monde tropical pour y créer de nouvelles activités de pêche fondées sur l’ouverture de marchés liés au développement des industries des produits de la mer, et en premier lieu de la conserve (Doumenge, 1965). Très vite, les nouveaux centres dynamiques de pêche de Californie, des Canaries, des côtes orientales d’Amérique du Sud, du golfe de Guinée et d’Afrique australe «sont l’expression d’une vocation à l’universalité dans l’exploitation de la mer de la part de ces peuples», qui ciblent aussi bien des poissons pélagiques (sardine, anchois, thon) que des crustacés (langouste, crevette) (ibid.).

L’ensemble de ces succès en Europe stimule par «contamination technologique» l’archipel japonais qui adapte très vite ses pratiques artisanales aux moyens de production industrielle (Doumenge, 1975). Le profond changement d’ouverture qu’amène la révolution du Meiji de 1867 annonce les prémices d’une véritable industrialisation de la filière. L’instauration d’un nouveau système politique, social et économique permet à la pêche littorale artisanale «de sortir de son carcan et de se libérer des multiples contraintes et servitudes du rivage» (ibid.). Dès lors, le milieu hautement spécialisé des pêcheurs artisanaux donne naissance à une élite dynamique apte à se lancer dans une grande pêche au large de plus en plus lointaine.

L’impérialisme politique nippon conjugué à l’expansionnisme économique favorise alors l’essor d’une grande pêche industrielle [2], jusqu’au doublement de la production au début du XXe siècle. L’utilisation de nouveaux engins de pêche (grands pièges côtiers, filets au large) n’est certes pas étrangère à cette rapide expansion du secteur ainsi qu’à sa mutation en une économie de marché. Concrètement, la production nationale s’appuie sur une mise en valeur intensive de l’ensemble des ressources marines (baleines, petits pélagiques, saumons, crabes, etc.), des eaux du Pacifique Nord et de ses mers bordières (Okhostk et Béring) aux eaux antarctiques, balayant également les côtes de l’Alaska ainsi que les archipels des Kouriles, de Sakhaline et des Aléoutiennes (fig. 3). Peu à peu, cette exploitation toujours plus intensive des ressources échappe au ressort des communautés littorales au profit de puissantes entreprises aux mains de capitaux extérieurs (cantonnais, taiwanais, sud-coréens), confirmant pour François Doumenge que c’est bien «par le biais de la pêche spéculative que le capitalisme industriel et commercial s’introduit dans le monde de la pêche côtière japonaise» (ibid.).

Ainsi, à l’orée de la seconde guerre mondiale, se matérialise une véritable économie-monde halieutique industrialisée, née des échanges (techniques) et des stratégies expansionnistes mis en œuvre par les deux centres halieutiques européens et japonais. Diverses périphéries d’exploitation et de commercialisation (Amérique du Nord, côtes ouest-africaines, monde insulaire indonésien…) leur sont intégrées au fur et à mesure des découvertes et des expéditions entreprises par ces deux civilisations maritimes. Loin de traduire des dynamiques de repli ou de rupture au sein du processus de mondialisation halieutique, les signes d’interdépendance et d’unité, qui se manifestent de façon prégnante depuis le début du XIXe siècle à l’échelle de ces économies-monde peuvent s’analyser comme autant «de vecteurs pertinents de mondialité» (Beaud et al., 1999) qui concourent à l’émergence d’un véritable espace-monde halieutique.

La structuration d’un véritable espace-monde halieutique

La seconde révolution que connaît l’ensemble de la filière halieutique au cours des années 1950-1970 accélère la mondialisation du secteur. Parmi le panel d’innovations techniques qui permettent d’accroître, en une vingtaine d’années, l’efficacité des captures ainsi que l’élargissement de la demande en protéines marines, deux ressortent tout particulièrement: l’usage restreint au «poisson industriel» d’une part, et les innovations sur la chaîne du froid en matière de conservation d’autre part. Avec plus du tiers des captures mondiales annuelles, les «pêches à finalité industrielle» contribuent fortement à l’augmentation des tonnages mondiaux de l’époque. Les anchois du Pérou, tacauds norvégiens, menhadens de Louisiane… sont très prisés par le secteur industriel minotier qui utilise un nombre toujours plus grand de ces petits pélagiques pour la fabrication d’huiles et de farines de poisson. Les pêches minotières favorisent ainsi l’émergence, au sein de certains pays spécialisés (États-Unis, Danemark, Norvège, Japon…) dont le but premier est d’alimenter les élevages intensifs agricoles (et aquacoles) des pays occidentaux (Carré, 2004). Par ailleurs, les progrès réalisés en matière de traitement et de conservation dans le domaine du froid accentuent le formidable accroissement des prises mondiales soutenu par certaines puissances halieutiques de l’époque (URSS, Japon et États-Unis). En effet, la double révolution de la glace (de la réfrigération à la congélation) et des transports isothermes et frigorifiques (tant à bord des navires que sur les routes) permet à l’aval de la filière de s’affranchir des distances et du temps, et devient un facteur clef de la mondialisation massive et rapide des produits de la mer (Chaussade, Corlay, 1990).

4. L’espace-monde halieutique à l’orée des années 1980 : les puissances et les zones de pêche

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Ainsi, au cours de ces «vingt glorieuses halieutiques» (Carré, 2004), les dynamiques d’expansion des espaces de pêche caractéristiques des siècles précédents laissent place à une phase d’intensification exceptionnelle. Les captures sont ainsi multipliées par trois, d’environ 20  Mt à 60  Mt au cours de ces décennies, et la disponibilité brute de poisson par habitant double également de 9 à 19  kg annuels (Carré, 2004) [3]. La double dynamique d’universalisation et d’intensification spatiale dans laquelle sont entraînées les activités halieutiques à l’échelle mondiale fait qu’il n’existe presque plus de champs d’exploitation inaccessibles aux grands foyers industriels de l’époque (japonais, soviétique, étatsunien et ouest-européen). La présence dans l’ensemble du Pacifique des cinq premières espèces capturées (lieu d’Alaska, pilchard du Japon, pilchard et chinchard du Chili, anchois péruvien) explique la suprématie de cette zone. L’importance relative de l’Atlantique Nord repose sur l’exploitation de trois grandes espèces traditionnelles (morue, hareng, sardine) auxquelles s’ajoutent depuis les années 1960 deux espèces minotières (capelan, merlan bleu). L’aire de production intertropicale de grands thonidés (listao et albacore) correspond aux zones d’intervention des flottes de pêche lointaine industrialisées ainsi qu’au développement de nouveaux producteurs asiatiques et latino-américains (fig. 4).

Produit des interactions et des interconnexions des sociétés industrielles, espace de transaction tissé par les échanges et les diffusions de toute nature étendus à la planète «Mer», l’espace-monde halieutique qui émerge à partir des années 1950-1960 ne joue cependant qu’un rôle secondaire et occasionnel englobant (Grataloup, 2007). Il s’apparente en effet plutôt à un «ensemble d’archipels enchevêtrés, groupe d’îles aux caractères communs, mais dont chaque élément est séparé des autres par des discontinuités» (Dollfus, 1994).

Un espace-monde halieutique aux dynamiques contrastées

Aux côtés des puissances traditionnellement impliquées dans l’exploitation des ressources marines (Europe de l’Ouest et Japon), d’autres foyers en plein essor (États-Unis, URSS) ou en émergence (Asie du Sud-Est, pays andins) viennent chambouler la hiérarchie entre pays producteurs, bousculant au passage les dynamiques spatiales. Ce changement entraîne ainsi un véritable «basculement» géographique du monde de la pêche (Chaussade, Corlay, 1990), le centre de gravité glissant progressivement et inexorablement vers les rives du Pacifique occidental (fig. 5).

Avec près d’un tiers des captures mondiales en 1955 pour moins d’un cinquième près de trente ans plus tard, les foyers occidentaux d’Europe, berceaux du système halieutique et des révolutions sectorielles, apparaissent quelque peu déclassés.

En Europe du Nord, grâce au développement de puissantes flottes de pêche (senneurs, chalutiers), le processus d’industrialisation se poursuit au sein du foyer scandinave, en particulier en Norvège et au Danemark, pays fortement exportateurs (filets de poissons frais et congelés, produits minotiers, etc.). En revanche, les grandes pêches industrielles britannique et ouest-allemande ne jouent plus qu’un rôle économique secondaire. Raréfaction du hareng, effondrement du grand chalutage, contraction des espaces de pêche sont autant d’éléments qui imposent une restructuration complète de ce secteur. Les Pays-Bas conservent, quant à eux, une industrie hauturière et s’affirment comme des négociants en produits de la mer incontournables sur les marchés européens et internationaux (Chaussade, Corlay, 1990).

5. L’espace-monde halieutique à l’orée des années 1980 : des dynamiques spatiales contrastées

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Au sein du pôle méditerranéen, l’Espagne fait figure de géant avec ses volumes de captures (1 Mt/an), son imposante flotte (50% du tonnage communautaire) ainsi que le nombre d’emplois dans la filière (près de 800  000). Bénéficiant d’une industrie de pêche modernisée et de politiques d’accès aux ressources stratégiques (sociétés mixtes, accords bilatéraux), de nombreux armements galiciens et basques se lancent dans la pêche lointaine dans les golfes de Gascogne et de Guinée (thon à l’appât vivant), le long des côtes marocaines (sardine et anchois) ou bien encore dans les mers australes avec de grands chalutiers congélateurs (merlu). Cependant, le Portugal et l’Italie sont plutôt en déclin. En dépit de quelques spécificités (pêcheries sardinières et thonières), ces deux pays importent de plus en plus massivement pour satisfaire leurs besoins protéiques en denrées aquatiques. La France, avec quelque 550  000 tonnes annuelles, occupe une place intermédiaire. Parallèlement au déclin des pêches côtières saisonnières de sardines et de germons, se développent des pêches chalutières en Atlantique Nord-Est (lieux, merlans, langoustines…) ainsi que toute une industrie thonière dans les eaux tropicales d’Afrique de l’Ouest ou de l’océan Indien (canneurs et senneurs congélateurs, délocalisations des conserveries, etc.).

À l’opposé, l’économie des pêches états-unienne est, elle, en pleine transformation et tire profit des différents apports technologiques européens. Confrontée à une double crise des ressources (saumon en Alaska, sardine en Californie), cette industrie diversifie ses captures (pêche minotière du menhaden, chalutage industriel à la crevette, senne tournante thonière) et crée de multiples établissements de conditionnement (bases de congélation, conserveries) le long de divers littoraux dans le monde (golfe de Guinée, Hawaï, Antilles).

Enfin, avec près de 10  Mt chacune à la fin des années 1970, les puissances «orientales» (Japon et Union soviétique) assoient leur suprématie productive sur l’ensemble de l’Océan mondial en doublant pratiquement leurs captures au cours des deux dernières décennies [4]. Ces deux pays restent toutefois confrontés au déclin des rendements de certains stocks (sur-)exploités ainsi qu’à une rivalité réciproque sur les territoires de production, mais aussi à l’hostilité grandissante de pays riverains (asiatiques et nord-américains) qui imposent des quotas de production et instituent leur propre souveraineté maritime. Pour répondre à ces difficultés, les activités de pêche nippone et soviétique bénéficient du soutien appuyé de leurs États respectifs, ce qui leur permet d’enclencher une formidable diversification des espèces et des lieux de capture: chasse baleinière en Antarctique, grand chalutage de poissons à «filet» (colins, saumons) et autres crustacés (crabes des neiges, krills) en Pacifique Nord, pêche thonière à la palangre dérivante et chalutage (sardinelles, crevettes) dans les eaux tropicales, etc. Cet accroissement productif des pêches est réalisé notamment avec des stratégies d’achat de poisson brut tous azimuts (alimentant une puissante industrie minotière) ainsi que des accords de coopération toujours plus nombreux afin d’accéder aux stocks encore vierges des mers australes et des eaux de certains pays tropicaux, africains et océaniens (Doumenge, 1975; Carré, 1980) [5].

De leur côté, les «périphéries» de l’espace-monde connaissent des évolutions disparates. Initialement, la promotion du secteur halieutique dans les pays en développement est fortement influencée par le modèle d’expansion de la grande pêche (thonière et crevettière) des pays industrialisés. Soutenu par des aides technico-financières de pays développés (Japon, Norvège, États-Unis en majorité), l’accroissement de la production demeure l’objectif prioritaire et rencontre un contexte bioéconomique favorable qui permet de faire émerger de «nouveaux pays halieutiques», en particulier sur les rives d’Asie orientale (Chaussade, Corlay, 1990; Butcher, 2004). La Corée du Sud et la Chine [6] développent ainsi de grandes pêches modernes et intensives — thoniers palangriers, senneurs, chalutiers crevettiers — qui ne tardent pas à s’expatrier (par sociétés conjointes et autres accords bilatéraux) sur les océans Pacifique et Indien. Taïwan, Inde, Philippines, Thaïlande, Indonésie sont d’autres exemples représentatifs de cette montée en puissance des nations asiatiques. Ces réussites s’expliquent également par le développement de filières commerciales de plus en plus tournées vers les marchés extérieurs d’exportation, offrant des denrées diversifiées (crevettes et langoustes congelées, conserves de thons et de céphalopodes, etc.) aux consommateurs occidentaux.

L’essor industriel des pêcheries australes repose d’abord sur un contexte géographique océanique très favorable (upwellings et plates-formes), encourageant ainsi la pêche (pélagiques, crustacés) et la chasse (cétacés) pour l’ensemble des puissances halieutiques de l’époque. Mais c’est surtout l’exploitation intensive par chalutage de deux types d’espèces pélagiques particulièrement abondantes qui attise les convoitises. Anchois, chinchards et autres pilchards, majoritairement destinés à la réduction minotière américaine, décuplent ainsi les productions nationales du Pérou et du Chili et génèrent une extraordinaire fièvre au sein des flottes et des usines de transformation des pays industrialisés. Dans les eaux argentines et sud-africaines prédomine le chalutage intensif des plates-formes continentales riches en merlus qui sont ensuite congelés et réexpédiés directement sur les marchés de consommation des pays développés (Chaussade, Corlay, 1990). Enfin, si la zone intertropicale se matérialise par «une économie de pêche de subsistance fondée sur des techniques bien adaptées au cadre naturel, [celles-ci] manquent de moyens pour une modernisation permettant de déboucher sur une économie de marché» (Doumenge, 1965). Aussi ne faut-il pas s’étonner que certaines activités industrielles «typiques» de ces «tropiques halieutiques» [7] (Afrique occidentale, États insulaires d’Afrique de l’Est et d’Océanie), et tout particulièrement la grande pêche aux thonidés et les conserveries associées, restent concentrées entre les mains d’armateurs des puissances occidentales (américains, européens) et orientales (soviétiques, japonais).

Conclusion

Au vu de notre brève analyse géohistorique, on peut dire que le champ halieutique s’inscrit bien dans les dynamiques générales constitutives du processus de mondialisation tel que l’analysent les géographes (Durand et al., 1992; Beaud et al., 1999). L’extension progressive à l’échelle mondiale des activités de pêche puis leur accentuation et leur intensification s’effectuent par étapes successives que nous avons cherché à conceptualiser sur le plan géographique. L’augmentation de l’offre et de la demande en produits de la mer esquisse, au fur et à mesure de la mondialisation des activités de pêche, une nouvelle carte du monde: exploitation d’espèces de plus en plus nombreuses, élargissement de l’espace des flottes industrielles à l’ensemble du système océanique mondial, modifications des hiérarchies productives (transfert européen vers les puissances asiatiques), extension des aires de distribution et de consommation grâce aux nouveaux modes de conservation (appertisation, surgélation), etc. Les profondes mutations que traverse l’ensemble de la filière halieutique tout au long de sa mondialisation illustre l’effacement du «déterminisme traditionnel des conditions naturelles [...] devant la mondialisation de l’exploitation engendrée par l’industrialisation de la pêche et de l’aquaculture» (Chaussade, Corlay, 1990), concourant successivement à renforcer l’émergence et la consolidation de réelles économies-monde halieutiques, puis leurs fusionnements progressifs au sein d’un véritable espace-monde.

Les récentes évolutions spatiales de cette filière nous invitent à poursuivre cette analyse dynamique. Bousculant un certain nombre d’équilibres géographiques, l’actuelle phase de mondialisation des activités halieutiques (et désormais aquacoles) qui court depuis les années 1980 se distingue des précédentes tant par son intensité — la production globale a presque doublé ces trente dernières années — que par son universalité, touchant l’ensemble des États possédant une fenêtre maritime. Ainsi, aux espaces de production encore relativement dispersés, bien que de plus en plus «asianisés», répondent des espaces de distribution et de consommation toujours concentrés en Occident, les flux d’échanges toujours plus nombreux ne cessant d’irriguer de manière discontinue ces différents espaces (Noël, 2013). L’ensemble
de ces bouleversements géographiques incite désormais à dépasser le cadre d’espace-monde halieutique pour lui préférer celui de «système-monde» aquatique (Dollfus, 2001).

Grâce à une entrée géo-systémique, on voit que la structuration de ce système-monde aquatique impose désormais l’idée d’un espace de niveau global (Cole, 2003), celui de «l’humanité dans ses interactions spatiales et dans ses interférences» qui reclasse et bouscule un certain nombre d’équilibres dans un jeu planétaire complexe de compétition-collusion entre acteurs (Dollfus, 2001). «Produit des interrelations et interactions entre le milieu et les sociétés humaines qui l’exploitent» (Carroué, 2006), cette mise en système de la filière implique par conséquent d’analyser les activités halio-aquacoles dans leur globalité. Toutefois, si le monde aquatique existe comme une réalité géographique, cela n’implique pas que l’on soit en présence d’un système unifié. Le passage d’une mondialisation halieutique à une globalisation aquatique doit nous amener à prendre conscience que le monde halio-aquacole actuel se présente comme un système global interdépendant, mais dont les espaces d’expansion ne sont pas infinis. Le risque est réel de voir s’exacerber de multiples déséquilibres et inégalités sociospatiaux existants (gaspillage des ressources, marchandisation et privatisation de l’accès, transfert de protéines alimentaires, etc.) (Noël, 2011).

Bibliographie

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Ce caractère ubiquiste se doit tout de même d’être relativisé en raison des caractéristiques spécifiques de la ressource (sauvage, variable, composite, renouvelable et difficilement observable) mais aussi de la zonation tridimensionnelle (latitude, éloignement des côtes et profondeur des eaux) qui caractérise le milieu de production aquatique (Chaussade, Corlay, 1990; Carré, 1998).
Cf. l’utilisation de bateaux-usines de plusieurs milliers de tonnes servant de base flottante pour l’avitaillement, le stockage et la transformation des captures (conserve de saumons, traitement de cétacés…) (Doumenge, 1975).
La deuxième phase de progression en tonnages halieutiques (1970–1980) est moins spectaculaire: les crises pétrolières provoquent une rupture dans le cycle de production tandis que les premiers signes de surexploitation des ressources font leur apparition. Une dernière phase court depuis le début des années 1980 où la stagnation du secteur halieutique contraste avec les progrès accomplis dans le secteur aquacole (Carré, 2004).
L’URSS reste en tête du tonnage mondial des navires et arrive en seconde place pour le volume des prises. De puissants navires-usines frigorifiques flottants développent des stratégies de «pêche pulsatoire» et sont ainsi capables de capturer plus de 100 tonnes de poisson à l’heure, soit l’équivalent des prises annuelles d’un bateau de pêche au XVIe siècle (Carré, 1980).
Ces deux nations contribuent également à stimuler les échanges de produits de la mer, le Japon pour assouvir des besoins ichtyophagiques toujours plus grands, l’URSS pour couvrir la demande toujours croissante de son secteur de la transformation (surgelés et conserves) (Doumenge, 1975; Carré, 1980).
La Chine tire également un grand nombre de captures continentales par l’intermédiaire de nombreuses pêches fluviales et côtières (sabres, sardinelles, etc.) (Chaussade, Corlay, 1990).
Ce néologisme définit les champs halieutiques d’Afrique et d’Amérique centrale en marge de l’espace-monde (Noël, 2011).