N°109

Les hêtraies du Châtillonnais (Côte-d’Or) face au changement climatique

La forêt est amenée à évoluer notamment en raison du changement climatique. Une augmentation des températures, associée à une diminution des précipitations estivales (phénomène probable sur l’Europe, GIEC, 2007), conduira localement à la disparition ou à la régression de certaines essences et à l’expansion d’autres. Sur le territoire français, entre 2070 et 2099, les températures pourraient augmenter de 2,5 à 3,5°C (scénario B2) ou de 4 à 5°C (scénario A2), par rapport à la période 1960-1989. Les précipitations annuelles pourraient diminuer légèrement (scénario B2: de -5% à 0; scénario A2: de -10% à 0). La baisse serait plus nette en été (scénario B2: de -25 à -5%; scénario A2: de -35 à -20%) (Roman-Amat, 2007). Or les périodes estivales de chaleur et de sécheresse constituent des facteurs de stress pour les arbres (Roman-Amat, 2007; Roloff, Grundmann, 2008). À ce titre, l’année 2003 fut exceptionnelle avec une sécheresse s’amplifiant de février à août, à laquelle s’est surimposée une canicule an août (Landmann et al., 2003). Pourtant, d’après le scénario A2, l’été 2003 pourrait constituer un été normal vers 2070 (Schär et al., 2004; Roman-Amat, 2007).

Le hêtre face au changement climatique

L’année 2003 a eu des répercussions sur la santé des arbres. En France, en raison du stress hydrique, des hêtres ont enregistré des chutes de feuilles anormalement précoces (DSF, 2003; Breda et al., 2004; Manthey et al., 2007). Affaiblis par la sécheresse et la canicule, les hêtres sont plus facilement attaqués par des insectes et des champignons parasites pouvant entraîner des dépérissements les années suivantes (CRPF, 2006). Même lorsque les arbres peuvent se rétablir (DSF, 2003), une succession de plusieurs années sèches a des impacts négatifs sur la croissance du hêtre (Ammer et al., 2005; Czajkowski, 2006). Dans ce contexte, l’avenir du hêtre en tant qu’essence typique des climats tempérés d’Europe est discuté. D’après certaines études, l’espèce pourrait ne pas être trop affectée grâce à sa capacité d’adaptation à un climat plus chaud et plus sec (Ammer et al., 2005; Kölling et al., 2005; Manthey et al., 2007). D’autres études, au contraire, expriment des doutes sur son avenir en tant qu’essence principale en Europe centrale (Renneberg et al., 2004). Dans l’ensemble, les travaux convergent sur le fait que le hêtre ne trouvera plus les conditions climatiques optimales sur toutes les stations où il est répandu actuellement. La plupart des études concernant l’impact du changement climatique sur les forêts sont effectuées à vaste échelle. Pour l’Europe de l’Ouest, des travaux concluent à une diminution substantielle de l’aire de distribution du hêtre au cours du XXIe siècle (Sykes, Prentice, 1995). En France, ceux de Vincent Badeau, Jean-Luc Dupouey, Marie-Laure Desprez-Loustau (2004) montrent également une forte diminution de son aire potentielle (fig. 1). Actuellement, cette aire couvre 22,4% du territoire français. En 2100, elle pourrait se limiter à 3,2% (scénario B2) voire 1,2% (scénario A2) (Roman-Amat, 2007).

1. Aire de répartition potentielle du hêtre en France et en Bourgogne

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a) Modélisation de l’aire de répartition actuelle du hêtre ; b) Aire de répartition du hêtre en 2100, élaborée en utilisant les données climatiques futures (scénario B2)
Source: d’après Badeau et al., 2004.

Le hêtre dans le Châtillonnais

À partir de données de l’IFN, Vincent Badeau, Jean-Luc Dupouey, Marie-Laure Desprez-Loustau  (2004) montrent que, pour la Bourgogne, sous le climat actuel, les probabilités de potentiel de présence du hêtre vont de 0,1 dans les vallées principales (Saône, Loire et Yonne) à 1 au cœur du Morvan (fig. 1a). Une extrapolation du modèle logistique s’appuyant sur des données climatiques montre que, pour la fin du XXIe siècle, le hêtre pourrait disparaître des vallées tandis que sa probabilité de potentiel de présence plafonnerait à 0,5 dans le Morvan (fig. 1b). Avec un taux de boisement de 31% (IFN, 2010), la forêt bourguignonne joue un rôle économique, écologique et social majeur. Dans la perspective de la création du parc national «Entre Champagne et Bourgogne», le suivi de ces forêts de plaine sera essentiel. Dans le Châtillonnais, partie bourguignonne du futur parc, les conditions climatiques sont globalement favorables au hêtre. D’après Vincent Badeau, Jean-Luc Dupouey, Marie-Laure Desprez-Loustau (2004), sa probabilité de présence serait de l’ordre de 0,5 (fig. 1a). Effectivement, le hêtre est présent dans la quasi-totalité des types de peuplements forestiers définis par l’Institut forestier national (IFN, 2008) et, à l’échelle de la Côte-d’Or, le Châtillonnais accueille la majorité des hêtres (Degueurce, 2007). Néanmoins, les événements climatiques extrêmes tels que la canicule et la sécheresse de 2003 sont dommageables pour les hêtres. Les dépérissements relevés par le Département de la santé des forêts furent nombreux après 2003: 123 problèmes sanitaires ont été relevés en 13 ans (1990-2002), contre 132 en 8 ans seulement (2003-2010) [1]. Aussi, à la fin du XXIe siècle, le hêtre pourrait-il devenir rare (probabilités de 0,1 à 0,2) dans le Châtillonnais (fig. 1b). Comme les topo-climats jouent un rôle majeur en termes de peuplements forestiers, une recherche à haute résolution spatiale est nécessaire. L’objet de l’étude est de spatialiser finement la situation actuelle des hêtraies du Châtillonnais et de déterminer des zones à risque face à l’aléa climatique.

Les hêtres au sein des types de forêts de l’Institut forestier national

Trois types de forêts de l’Institut forestier national (IFN) ont été pris en considération: le type «futaie pure de hêtres» (19), le type «autre mélange moyen de futaie de chênes et taillis» (132) et le type «autre mélange riche de futaie de chênes et taillis» (133). Ces deux derniers types présentent, en effet, un pourcentage élevé de hêtres. Les futaies de hêtres (19) constituent 6% des forêts, les mélanges de feuillus ont un fort pourcentage de hêtres (132, 133) qui en constituent 25% (fig. 2).

2. Hêtres et types de forêts de l’Institut forestier national dans le Châtillonnais

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Source: Wimmer 2011, réalisation avec ArcGIS d’après les données de l’IFN 2004

Conditions climatiques et exigences du hêtre

Le hêtre est une essence potentielle naturelle à la latitude de la Bourgogne (Ellenberg, 1996). En tant qu’essence d’ombre typique, le hêtre supporte mal les sécheresses. Il exige une humidité atmosphérique et une réserve en eau suffisantes (Godreau, 1992; Milard, 2004; Czajkowski, 2006). Le climat du Châtillonnais, de type océanique à nuances continentales s’accentuant vers l’est, est soumis à des flux dominants d’ouest. Face aux vents dominants, la présence du relief augmentant vers l’est explique le gradient pluviométrique ouest-est et le gradient thermique inverse, est-ouest. La pluviométrie est assez élevée et l’humidité de l’air est aussi assurée par des brouillards fréquents en automne et en hiver. Les températures moyennes annuelles modérées (9,5 à 10,5°C) sont également favorables au hêtre (CRPF, 2006). Ces conditions climatiques peuvent être renforcées ou atténuées à l’échelle topo-climatique qui résulte de la combinaison du relief, de l’exposition, de la pente ainsi que de la disponibilité en eau du sol. Par conséquent, afin de cartographier finement les contraintes climatiques vis-à-vis du hêtre, il est nécessaire de prendre explicitement en compte ces éléments.

Les hêtres selon l’altitude, la pente et l’exposition

3. Présence de différents types de forêts selon: a) l’altitude; b) l’exposition;
c) la pente

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Source: Wimmer 2011, réalisation d’après les données de l’IFN 2004 et le MNT SRTM

En croisant les données de l’IFN avec le modèle numérique de terrain, Shuttle Radar Topography Mission (SRTM), de résolution 100 m (Farr et al., 2007), les hêtraies sont reliées statistiquement à l’altitude, l’exposition et la pente (fig. 3). Les résultats issus de tris croisés montrent des zones de préférence. En moyenne, les résineux se rencontrent à une altitude plus basse que les feuillus et sont localisés sur des versants plus pentus avec une orientation majoritairement sud. Cette localisation est souvent à associer à la déprise agricole du XXe siècle et à des reboisements relativement récents. Parmi les hêtraies, les futaies de hêtres (19) ont des zones de préférence plus marquées que les feuillus mélangés avec du hêtre (132, 133). Les altitudes intermédiaires, l’exposition nord ou nord-ouest et les pentes faibles sont surreprésentées. Toutefois, cette combinaison de critères, a priori représentative de conditions fraîches et humides, n’est pas indispensable: le hêtre, surtout en mélange (132, 133), peut parfois croître dans des conditions considérées commeplus chaudes et plus sèches des versants sud (fig. 3). Les critères identifiés par les tris croisés traduisent l’appétence des hêtres pour des conditions fraîches et humides, mais se pose ici également la question des sols. Le hêtre peut se développer sur des sols très différents. Il n’est pas limité par le pH, les formes d’humus ou les nutriments disponibles (Godreau, 1992; Czajkowski, 2006). Le hêtre est indifférent à la présence de calcaire qui marque la région du Châtillonnais (CRPF, 2006). Pourtant, sur le plateau calcaire, les sols sont peu profonds et la réserve en eau est faible car le calcaire retient mal l’eau. Dans les secteurs qui subissent un déficit pluviométrique en été, ces caractéristiques édaphiques peuvent poser problème (IFN, 2008).

Indices climatiques associés à la présence du hêtre

Afin de pouvoir décrire la vulnérabilité des hêtraies, il est nécessaire de disposer d’indices climatiques associés à la présence et à la santé du hêtre. À partir de la littérature, quatre indices sont sélectionnés (tableau 1): une variable thermique (T7: température moyenne de juillet), une variable hydrique (Pan: précipitations annuelles) et deux variables combinant températures et précipitations (EQ: quotient d’Ellenberg; MJJ: indice de Gaussen pour la période de croissance mai, juin, juillet). La variable thermique T7 se réfère à la température moyenne de juillet. Elle est extraite d’une étude sur la répartition du hêtre dans l’est de l’Allemagne et en Pologne (Czajkowski, 2006). Pendant la période de croissance, la température joue un rôle prépondérant (Fang, Lechowicz, 2006). Associé à l’évaporation potentielle, le seuil de 19°C en moyenne en juillet est statistiquement identifié comme étant une limite pour le hêtre (T7). La variable hydrique Pan désigne les précipitations annuelles qui, en Bourgogne, ne devraient pas être inférieures à 800 mm pour un bon développement des hêtres (CRPF, 2006). Comme la répartition des précipitations au cours de l’année est également importante pour la croissance du hêtre, en concertation avec Marie-Cécile Deconninck (CRPF), le cumul des précipitations en mai, juin et juillet, a été calculé et mis en rapport avec la température sur la même période (MJJ).

La combinaison de facteurs pluviométriques et thermiques rend possible une description plus approfondie des conditions climatiques. La formule suivante permet de calculer l’indice de Gaussen pour la période de croissance:

Le quotient d’Ellenberg (EQ) permet également de combiner des facteurs pluviométriques et thermiques. Le quotient d’Ellenberg se focalise sur le mois le plus chaud, pour lequel la température est sélectionnée puis mise en relation avec les précipitations annuelles:

Jingyun Fang et Martin Lechowicz (2006) indiquent une présence du hêtre pour des EQ compris entre 16,8 et 29°C∙mm-1. Les valeurs inférieures à 20°C∙mm-1 caractérisent un climat très favorable au hêtre, tandis que la compétitivité du hêtre diminue entre 20 et 29°C∙mm-1. À partir de 29°C∙mm-1, le hêtre disparaît.

Méthodes de détermination des zones à risque climatique

4. Stations météorologiques de Bourgogne: a) précipitations; b) températures

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Source: Wimmer 2011, d’après les données de Météo France

À partir des données ponctuelles de Météo France, les champs climatiques surfaciques des quatre indices (T7, Pan, MJJ, EQ) sont calculés (résolution 100 mètres, période 1989-2009) via une interpolation (régression-krigeage). Enfin, pour chaque indice, sur les zones de hêtraies, des cartes de nombre de dépassements de seuil sont réalisées. Elles indiquent (toutes autres conditions égales par ailleurs) les zones à risque climatique actuel pour le hêtre. La méthode d’interpolation des données climatiques utilisée suppose un grand nombre de stations météorologiques (encadré). Comme les stations du Châtillonnais ne sont pas nombreuses, l’étude s’appuie sur les données de stations météorologiques réparties sur toute la Bourgogne. La période 1989–2009 présente le réseau de densité maximale, fournit les données les plus récentes et correspond à la période marquée par le réchauffement en Bourgogne. Celui-ci est décelable statistiquement à partir de 1988 (Cuccia et al., 2010). On dénombre 128 séries pluviométriques et 50 séries de températures disponibles pour cette période (fig. 4). Pour les indices combinant données thermiques et pluviométriques (EQ et MJJ), 42 stations sont disponibles. L’objectif de l’interpolation est de produire de l’information climatique à une échelle la plus fine possible, afin de pouvoir localiser les sites climatiquement favorables au hêtre. Le choix de l’échelle dépend d’une combinaison de critères physiques et de contraintes liées aux données. Physiquement, à une échelle très fine, les caractéristiques édaphiques varient plus que le climat. Descendre à une échelle très fine n’est donc pas pertinent pour une étude centrée sur le climat. Les contraintes liées aux données sont multiples: faible densité du réseau des stations Météo France, résolution du MNT, volume des calculs... En fonction de l’ensemble de ces éléments, nous avons opté pour la production d’informations climatiques d’échelle hectométrique. Pour interpoler, une méthode consistant à effectuer une régression linéaire puis un krigeage des résidus est utilisée. Cette méthode repose sur l’hypothèse que les structures identifiées en Bourgogne sont valables et applicables pour toute sous-région, dont le Châtillonnais. Afin de pouvoir détecter des zones à risque climatique pour le hêtre du Châtillonnais, les interpolations des quatre indices sont superposées avec les zones forestières, plus particulièrement avec les zones de futaie de hêtres (19) et le mélange avec du hêtre (132, 133). Cela permet d’obtenir pour chaque pixel de forêt de hêtre une valeur de T7, Pan, MJJ et EQ. Pour chaque indice et pour chaque pixel de hêtre, le nombre de dépassements du seuil au cours des 21 années (1989-2009) est calculé. Ces résultats sont cartographiés avec ArcGIS afin de voir, pour chaque indice, le nombre de dépassements du seuil. Les zones à risque climatique sont ainsi identifiées.

Zones à risque climatique potentiel

Variabilité spatio-temporelle des dépassements de seuils climatiques

La distribution spatiale et interannuelle des quatre indices (T7, Pan, MJJ, EQ) est représentée à l’aide de boîtes à moustaches qui intègrent la distribution interannuelle (en abscisse) et la variabilité spatiale (en ordonnée) pour l’ensemble des pixels correspondant aux zones où le hêtre est présent (fig. 5). La médiane (tracé rouge au milieu des boîtes), le quartile 0,25 et le quartile 0,75 (limites du rectangle des boîtes) et les valeurs extrêmes (longueur des moustaches) sont indiqués. Pour T7 (fig. 5a), les variations spatiales sont faibles. En revanche, les variations interannuelles sont grandes. Selon l’année, les valeurs oscillent entre 15,7 et 24,1°C. L’année 2006 diffère sensiblement des autres avec des températures comprises entre 23 et 24°C. En revanche, l’année 2003, avec sa canicule en août, apparaît seulement parmi les années chaudes avec des températures de juillet ne dépassant pas 20 à 21°C. Ce constat démontre les limites de l’indice T7 qui se réfère seulement aux températures de juillet. Pour les indices Pan et MJJ (fig. 5b, 5c), les variations spatiales et interannuelles sont fortes. Les années les plus sèches (1991 et 2003) sont bien visibles. La sécheresse météorologique observée en 1998 (MJJ) est compensée au niveau annuel: l’indice Pan montre une situation normale (fig. 5b). Pour Pan, le seuil des 800 mm annuels nécessaires pour le hêtre n’est atteint nulle part en 1989, 1991, 2003 et localement en 2005. Pour MJJ (fig. 5d), les valeurs ne sont jamais en dessous de 1 mm°C-1 (indice de Gaussen pour l’aridité), sauf sur quelques pixels en 2003. L’année 2003 apparaît également comme étant une année exceptionnelle au regard de EQ (fig. 5c). La limite inférieure de 16°C mm-1 pour EQ est également franchie sur quelques pixels en 1993, 1999, 2000, 2001, 2007 et 2008. Mais lors de ces années, la majorité de la zone est caractérisée par un EQ supérieur à 16°C·mm-1, tout en ne dépassant pas 20°C mm-1. Les valeurs d’EQ inférieures à 20 sont considérées comme climat optimal pour le hêtre par Jingyun Fang et Martin Lechowicz (2006). La limite supérieure de 29°C mm-1 est presque partout dépassée en 1991 et 2003. Elle peut l’être localement en 1989, 1992, 2005, 2006 et 2009.

5. Boîtes à moustaches de dépassement des seuils T7, Pan, EQ et MJJ 1.0

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Source: Wimmer 2011, d’après les données de Météo France

Cartes de fréquence du dépassement du seuil climatique

Afin de spatialiser et de quantifier la vulnérabilité des hêtraies dans le Châtillonnais face aux conditions climatiques actuelles, intégrant leurs variations spatiales fines et leur variabilité interannuelle, des cartes de fréquence du dépassement des seuils des quatre variables climatiques sont dressées (fig. 6). La fréquence du dépassement des seuils varie beaucoup selon l’indice climatique. Pour T7, au cours des 21 années, le seuil est dépassé entre 5 et 14 fois (fig. 6a), pour Pan entre 1 et 11 fois (fig. 6b), pour EQ entre 1 et 6 fois (fig. 6c) et pour MJJ 1.0 entre 0 et 1 fois (fig. 6d). Les fortes variations, selon l’indice, du nombre des dépassements témoignent d’une adaptation inégale des indices ou/et des seuils pour le Châtillonnais. Si le seuil est souvent dépassé, cas pour T7, la situation climatique semble peu favorable au hêtre. Néanmoins, les données de l’IFN prouvent que le hêtre est très présent. Cela signifie que le seuil défini par Tomasz Czajkowski (2006) pour la Pologne est trop strict en ce qui concerne le Châtillonnais. Si, en revanche, le seuil est rarement dépassé, cas pour MJJ, les conditions seraient partout idéales pour le hêtre. Mais, de nombreux dépérissements ont été observés: ce seuil n’est pas assez sévère. Même si les seuils ne sont peut-être pas toujours le meilleur critère pour caractériser les zones où les conditions climatiques sont défavorables au hêtre, les cartes témoignent d’une zone chaude (T7) dans l’ouest et le nord (Laignes et Châtillon-sur-Seine) avec quelques sites chauds isolés dans le sud-est, vers Selongey (fig. 6a). La carte de Pan montre que la zone la plus sèche se situe au nord-ouest, autour de Laignes (fig. 6b). L’hypothèse d’une zone à risque climatique, plus chaude et plus sèche, au nord-ouest de la Côte-d’Or est confirmée par EQ et MJJ (fig. 6c, d, e, f). De la carte d’EQ (fig. 6c) ressortent quelques pixels dans le nord où le risque est maximal (dépassement du seuil entre 4 et 6 fois). Ces pixels peuvent aussi être trouvés parmi les sites les plus menacés par rapport à T7 et Pan (fig. 6a et b): le seuil est dépassé 14 fois pour T7 et 10 à 11 fois pour Pan. Les zones associées peuvent être considérées comme zones à risque pour le hêtre. Néanmoins, la présence du hêtre témoigne de la nécessité, pour passer du risque à la vulnérabilité, d’intégrer d’autres variables. En particulier, les conditions édaphiques pourraient, pour l’instant, compenser des conditions climatiques moyennement favorables. Les cartes de MJJ (fig. 6d, e, f) confirment l’hypothèse de zones à risque dans le nord-ouest du Châtillonnais. Trois cartes sont réalisées selon des seuils différents. En ayant pris en compte arbitrairement le seuil de 1, les variations spatiales des dépassements sont insignifiantes (fig. 6d). MJJ 1,0 ne peut pas être considéré comme étant un marqueur limitant pour le hêtre. Afin de mettre en valeur d’éventuelles variations spatiales, nous proposons des seuils de 1,5 et de 2,0. Les cartes associées (fig. 6e et f) montrent des gradients. Le nord-ouest ressort comme étant potentiellement moins favorable au hêtre. Contrairement aux cartes de T7 et Pan, sur les cartes de MJJ, aucun site du sud-est n’apparaît comme étant défavorable au hêtre.

6. Nombre d’années au cours de la période (1989-2009) avec dépassement des seuils

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a) T7 ; b) Pan ; c) EQ ; d) MJJ 1.0 ; e) MJJ 1.5 ; f) MJJ 2.0
Source: Wimmer 2011, d’après les données de l’IFN et Météo France

Discussion

Cette étude des hêtraies du Châtillonnais sous climat actuel (1989-2009) est principalement basée sur quatre indices climatiques choisis à partir de la littérature. Cela permet de délimiter des zones à risque. Pour autant, ces paramètres ne s’avèrent pas tous adaptés à l’espace châtillonnais. L’indice T7, proposé par Tomasz Czajkowski (2006) pour la Pologne, ne semble pas complètement transposable. Depuis 1989, il est très fréquemment dépassé (entre 5 et 14 années selon le pixel). La Pologne a un climat beaucoup plus continental que le Châtillonnais où T7 s’avère être trop sévère. L’intérêt de T7 est de prendre en compte les températures pendant la période de croissance. Néanmoins, le choix du mois de juillet semble assez arbitraire. Selon l’année, les températures de juillet peuvent être relativement fraîches, et des températures élevées en juin ou en août peuvent également nuire aux arbres. Ce fut le cas en 2003. Les précipitations annuelles (Pan) génèrent des variations spatiales non négligeables. Cet indice semble bien adapté au Châtillonnais. Néanmoins, les zones où le seuil de 800 mm est dépassé fréquemment ne peuvent pas être considérées avec certitude, comme étant les seules zones à risque dans un climat futur. Les modifications susceptibles d’affecter la répartition saisonnière des précipitations devront également être prises en compte. EQ met en relation les précipitations annuelles avec la température du mois le plus chaud. En intégrant la température, cet indice est bien adapté à une étude sur le changement climatique. La carte de la fréquence du dépassement du seuil indique que certaines zones, en particulier dans le nord du Châtillonnais, connaissent des conditions climatiques à risque pour le hêtre. L’indice MJJ intègre températures et précipitations durant la période de forte croissance végétative. Cependant, il convient de proposer, de manière empirique, un seuil associé à la présence du hêtre. Le seul seuil défini dans la bibliographie est celui de Gaussen (< 1,0 mm°C-1): il sert à déterminer une zone aride. Pour délimiter des zones à risque, nous proposons deux seuils (1,5 et 2,0 mm°C-1) qui décrivent la diversité spatiale.

Conclusion

Selon la littérature, mais aussi par sa présence effective, les conditions climatiques dans le Châtillonnais ont jusqu’à aujourd’hui été favorables au hêtre. Pour le siècle à venir, en raison du changement climatique, plusieurs simulations indiquent une réduction de l’aire de répartition en France. L’objectif de cette étude est, à échelle fine (100 m), de cartographier les zones à risque pour les hêtraies du Châtillonnais, en s’appuyant sur la variabilité climatique actuelle (1989-2009). Il s’agit de déterminer des zones où les conditions climatiques sont déjà moins favorables au hêtre et risquent de l’être encore moins lors du XXIe siècle. Une analyse préliminaire de la situation géographique et climatique des hêtraies a été réalisée. Elle repose sur des tris croisés pour décrire la localisation des hêtraies selon l’altitude, l’exposition et la pente. Cette analyse a montré que la futaie de hêtres (19) se trouve principalement sur les versants nord et nord-ouest, sur des pentes faibles, à des altitudes intermédiaires (entre 300 et 400 mètres). Les mélanges riche et moyen de futaie de chênes et taillis (132, 133) avec un fort pourcentage de hêtres n’ont pas de zone de préférence aussi nette. Ensuite, quatre séries d’interpolations spatiales ont été réalisées de manière à passer d’un jeu de 128, 50 ou 42 stations (selon l’indice) à des champs surfaciques. La méthode utilisée intègre successivement une régression linéaire multiple et un krigeage des résidus. Ces interpolations permettent, pour chaque pixel de 100 m de forêt de hêtre (19, 132, 133), de calculer les valeurs des quatre indices (T7, Pan, MJJ, EQ). L’étude permet d’obtenir une cartographie des risques actuels à échelle fine. Nous la proposons comme un outil d’aide à la décision pour les gestionnaires. Les cartes produites montrent des zones à risque climatique élevé dans le nord et l’ouest du Châtillonnais. Pour passer de la carte des risques à celle de la vulnérabilité, il faudrait intégrer des données édaphiques. Il apparaît également nécessaire d’intégrer d’autres éléments comme l’humidité de l’air, le rayonnement et la réserve utile en eau du sol. Ces éléments n’étant pas mesurés par Météo France dans le Châtillonnais, le recours à la modélisation numérique constitue la suite de ce travail.

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Élements communiqués par M.-C. Deconninck, CRPF Bourgogne (avril et juin 2011)